L'Observatoire est devenu un musée en 1998. Il conserve donc la mémoire des astronomes royaux successifs et d'instruments d'observation. Petite promenade chronologique!
Situons bien d'abord, sur une vue d'ensemble,les murs extérieurs sur lesquels nous trouverons des évocations des deux premiers:
Et n'oubions pae
qu'en leur temps, où les spécialités n'étaient pas si séparées
quaujourd'hui, ils étaient considérés -nous en verrons des preuves!-
comme mathématiciens. L'excellent site de biographies MacTutor les recense d'ailleurs comme tels!
FLAMSTEED, 1er Astronome Royal (de 1675 à 17819)
Le bâtiment qui fut le premier à être construit (elon les plans de
Christopher Wren, architecte de Saint-Paul à Londres) est dénommé Flamsteed House (c'est ce que vous indique la plaque à gauche de la porte dentrée) en l'honneur de celui pour qui fut créée la charge d'Astronome Royal
par le roi Charles II: cet ami des sciences y avait formé son goût en
France, durant son exil (c'est à dire, pendant la dictature de
Cromwell, 1653-1658). Flamsteed en posa lui-même la première pierre, le
10 août 1675, et il demeura jusqu'à sa mort, le 31 décembre 1719.
Gravure de George vertue d'après un tableau de Thomas Gibson, 1721
La forme extérieure fait apparaître la pièce d'où Flamsteed
faisait une partie de ses observations, la salle octogonale. En dépit
des transformations ultérieures, le musée a restitué qualiment à
l'identique une "ambiance dépoque" -cemme de Flamsteed. La lunette est
une copie, pas le modèle original.
Gravure de Francis Place, 1712
Sous la fenêtre contre laquelle s'appuie la lunette (regarez
bien! De dehors on distingue, ci-dessous, "l'échelle" d'appui), une
plaque a été apposée pour rendre encore plus solennelle la fondation
royakle:
" Le très noble Roi
Charles II, le plus grand protecteur des Arts de l'Astronomie et de la
Navigation, a fait construire cet Observatoire pour servir ces deux
disciplines. Dans l'année de notre seigneur 1676, en la vingt-huitième
année de son règne. James Moore, Inspecteur Géénéral du Conseil de
l'Artillerie*, en a supervisé la construction."
*Le titre de "Surveyor General of the Ordnance" n'a pas vraiment d'équivalent en Français. On traduit tantôt Conseil de l'Artillerie, tantôt Commission du Matériel (militaire). On pourrait penser, en langage actuel -donc anachronique- en France, à la Direction de l'Armement.
Flamsteed avait fait construire un arc d'observation (1689), plus
grand qu'un quadrant (auquel se limiteront ses successeurs). Il l'avait payé sur ses fonds personnels! Il n'est
pas resté à l'observatoire, sa veuve l'ayant emporté lorsqu'elle a
quitté les lieux. En souvenir des nuits qui lui furent volées?
Mystère... La trace en a été rapidement perdue; mais le plan en a été conservé, et révèle qu'il couvrait 10°
à 140°
C'est un arc mural, dont on ne sait pas exactement où il était
installé. Heureusement, nous en saurons plus avec ses deux successeurs
oimmédiats!
in Volume 3 de l' Historia Coelestis Britannica, (London, 1725) repris par cette page dédiée à l'instrument (site de l'observatoire)
HALLEY, 2ème Astronome Royal (de 1720 à 1742)
buste à Greenwich
Plaque-souvenir
Cloître de Westminster Abbey, Londres
Bien sûr, il est d'abord connu
pour la comète à laquelle son nom est attaché. Mais ce serait une
erreur de réduire son activité scientifique à cette seule "découverte",
et ce qui est inscrit dans la queue de comète de la plaque de
Westminster Abbey est là pour nous le rappeler très opportunément.
Cette plaque a été posée en 1986, année de retour de la comète et de
son survol par la sonde européenne Giotto. Celle-ci, pour ajouter à la fierté britannique, a été construite par British Aerospace,
et l'on n'a oublié ni de la faire figurer au centre du disque (ce qui
est plutôt réussi sur un plan artistique), ni de le faire figurer sur
l'inscrioption circulaire... Allez savoir pourquoi, ni l'ESA, ni le
lanceur Ariane 1 (comme le temps passe! 40 ans plus tard, c'est Ariane
6 qui triomphe) ne sont mentionnés... Quant à son nom, c'est un hommage
au peintre italien, dont la célèbre Adoration des Mages (circa 1305) comporte un détail qui pourrait bien être une représentation du passage de la comète en 1301.
Cette année 1986 est l'occasion d'une avalanche philatélique!
(Mettez vous à la place des états qui veulent encaisser quelques
devises en séduisant les philatélistes: si vous ratez l'occasion, il
vous faudra patienter jusqu'en 2061!). Il ny a pas que des réussites,
mais on trouvera de l'intérêt à ceux qui reproduisent des documents
anciens ou explicitent la trajectoire en datant la position, mettant en
évidence son ellipse très allongée:
La fameuse comète a été aperçue bien des fois depuis l'Antiquité
et tout particulièrement en Chine. Encore fallait-il savoir que
c'était le même objet que l'on voyait et non des astres fifférents à
chaque occurence! C'est là qu'uintervient un cconseil providentiel venu
de France??? et plus précisément de l'Observatoire de Paris:
Cassini, à l'Observatoire de Paris
"Monsieur Cassini m'a fait la faveur de me confier ses relevés de la comète alors que je me préparais à quitter la ville; en plus des observations qu'il effectua à la date du (1681), il m'a soumis une théorie sur son mouvement, à savoir que la comète est celle-là même qui apparut à Tycho (Brahé) en l'an 1577, que sa révolution décrit un grand cercle dans lequel est comprise la Terre."
Cassini a émis cette hypothèse en comparant les positions d'apparition
dans le ciel et les vitesses. Halley ne réagit pas fortement au passage
de "sa" (future!) comète en 1682, mais tout va changer lorsqu'il se lie
d'amitié avec Newton en 1684, s'enthousiasme pour sa théorie de la
gravitation universelle, et préface les Principia Mathematica.
Il étudie toutes les observations dont il peut disposer, remontant
jusqu'à celle de Pline l'Ancien. S'appuyant sur un corpus des positions
successives de 24 comètes entre 1337 et 1698, il calcule les éléments
de leurs orbites (elliptiques) et obtient pour trois d'entre elles apparues en 1531, 1607 et 1682, la
conviction qu'elles ne sont qu'un seul et même corps celeste, tant les
résultats sont proches. Il consigne ses résultats dans un petit ouvrage
qui paraît en 1705 et dans lequel il prédit le prochain passage au
périhélie en 1758
(point le plus proche du soleil). Il aurait alors 102
ans! L'ouvrage, initialement rédigé en latin, est très vite
proposé en Anglais... et remarquez le, son auteur est désigné comme professeur de géométrie!
À Paris, Lalande propose d'affiner la prédiction de Halley en exploitant le modèle approché qu'a donné Clairaut pour le problème des trois corps; il s'agit de prendre en compte les perturbations de l'orbite elliptique causées par Jupiter et Saturne; Newton lui-même en avait fait la suggestion à Halley. .
Six mois de calculs intensifs «depuis le matin jusqu'au soir, quelquefois même à table» que Lalande mène avec la mathématicienneNicole Reine Lepaute permettent à Clairaut d'annoncer, en , le retour de la comète pour le de l’année suivante. Ce sera le 13 mars 1759 ... un peu "en avance" donc, mais leurs calculs et cette prédiction constituent une première et essentiellevérification expérimentaledu caractère universel de l'attraction newtonienne, en ce qu'elle corrige la simple ellipse képlerienne du système à deux corps Soleil-Comète.
Et pour Halley, c'est la gloire d'avoir été le premier à voir juste, et
d'accoler son nom à la comète qu'il est ... le dernier (d'une longue
liste) à avoir vu!
- Lalande, à l'Observatoire de Paris;
- Clairaut, sur la façade de l'Hôtel de Ville de Paris.
Halley veut doter l'observatoire d'un bon instrument, particulièrement précis dans les mesures de l'angle de visée (l'élévation, c'est à dire la hauteur par rapport à l'horizon de l'objet observé, planète ou étoile); il confie à cette fin la construction de
ce grand cadran à George Graham en 1725. Malheureusement, le poids du
bras d'observation déforme le cadre de fer et d'acajou et le rend
ino^pérant! (information du cartel apposé au mur; vous aurez beaucoup
plus d'informations sur catte page officielle de l'observatoire-musée).
Mais loin d'être un savant confiné dans son laboratoire, il
n'hésite pas à faire le long voyage qui le mène à Sainte Hélène
pour compléter le catalogue d'étoiles de Tycho en cartographiant le
ciel austral.
Au mur
du petit bâtiment carré le plus à droite figure la pierre tombale de la
famille de l'astronome. Elle provient du cimetière de St. Margaret, à
Lee (banlieue sud de Londres), où elle a été démontée lors de la
restauration de la sépulture effectuée en 1854; les époux Halley y sont
restés enterrés, et une copie de la pierre originale y a été posée.
L'inscription, peu lisible, est un hommage de leur filles.
"
Sous cette pierre tombale , Edmond Halley , incontestablement le
plus éminent astronome de son temps, repose en paix auprès de sa très
chère épouse. Aussi, pour que celui qui lit ces lignes sache quel genre
d'homme, et quel grand homme il était, qu'il lise ses différents écrits
dans lesquels il a glorifié, embelli et renforcé presque tous les arts
et les sciences.
Et par suite, comme il fut sa vie durant un
homme tellement chéri par ses concitoyzns, qu'une postérité
reconnaissante vénère sa mémoire. Né en l'an de notre Seigneur 1656.
Mort en 1742. Cette pierre a été dédiée à d'excellents parents par deux
filles dévouées en l'an 1742."
BRADLEY, 3ème Astronome Royal (de 1742 à 1762)
Son nom est probablement moins
connu du grand public que celui de son prédécesseur, et pourtant... Les
astronomes professionnels l'ont en plus haute estime. Ainsi, en France,
Delambre dans une de ses études historiques, n'hésite pas à lui
accorder la première place, pour deux découvertes majeures, l'aberration stellaire et la nutation
de l'axe de la Terre (voir les pages Wikipedia mises en liens pour les
définitions de ces termes; la nutation est présentée sur un schéma très
clair.) Laissons lui la parole:
"Bradley, l'astronome le plus célèbre qu'ait produit l'Angleterre, était né en 1692, à Shireborn, dans le comté de Gloucester.[...]
[...] C'était
un service bien important rendu à l'Astronomie par Bradley, que cette
ellipse, qui donnait les moyens de calculer en youy temps l'aberration
d'une étoile quelconque, soit en longitude et latitude, soit en
ascencion droite et en déclinaison. [...] Il fit plus, il indiqua la cause physique, qui est la combinaison du mouvement de la lumière avec le mouvement annuel de la Terre.
[...] Il ne tarda pas à apercevoir cette complication, qui avait été si
embarassante pour Picard. Les mouvements des étoiles calculés par ses
formules ne suffisaient pluds,pour représenter les apparences, l'erreur
alla croissant pendant neuf années, et puis en doiminuant pendant les
neuf années suivvantes. Il reconnut une inégalité dont la période était
de 18 ans, comme celle des noeuds de la Lune; il était évident que c'était la nutation de l'axe terrestre [...]
Bradley ayant suivi pendant vingt ans ces nouvelles recherches, rn
donna enfin le résulttat dans une lettre insérée dans les Transactions Philosophiques de 1748.[...]
C'est à ces deux découvertes de Bradley que nous devons l'exactitude de l'astronomie moderne.Sans
elles, il était impossible à l'astronome le plus rigoureux de faire
accorder ensemble les ascensions droites onservées d'une même étoile à
50 ou 60" près, et les déclinaisons à une demi-minute. Ce double servicce assure à son auteur la place la plus distinguée après celle d'Hipparque et de Képler, et au dessus des plus grands astronoes de tous les âges et de tous les pays; ces travaux auraint suffi à sa gloire."
Jean-Baptiste DELAMBRE, Histoire de l'Astronomie au XVIIIème Siècle (1821)
Demambre, à l'Observatoire de Paris
Bradley a réussi à obtenir un
financement de nouveaux appareils, et comme pièce maîtresse un quadrant
de 8 pieds, construit par John Byrd (1750), destiné à remplacer celui
de Halley. Le plan en est le même, mais il diffère par les matériaux de
fabrication: il est entièrement en cuivre, y compris l'échelle de
lecture. Il est lui aussi visible sur place, et le musée a aussi
marqué, au mur et au sol, l'emplacement de "son" méridien, apportant
une première correction à la position de Halley.
Et de nouveau, beaucoup
plus d'information concernant le quadrants sur catte page officielle de l'observatoire-musée).
Sous-produit remarquable des travaux précédents, une détermination remarquable en 1729 de la vitesse de la lumière,
à la précision inégalée (+0,40%) ... jusqu'à Michelson, en 1926, deux
siècles plus tard! On lui doit aussi la détermination du rayon
angulaire de Vénus.
MASKELINE, 5ème Astronome Royal (de 1765 à 1811)
Et, à l'
Exemple de recueil d'observations.
Exemple de recueil d'observations.
************************************************ CHANTIER INTERDIT AU PUBlLIC ***************************
HERSCHEL, qui n'était pas Astronome Royal
Et, à l'
Gravure de George vertue d'après un tableau de Thomas Gibson, 1721
Gravure de George vertue d'après un tableau de Thomas Gibson, 1721
.
voquée en deux tableaux dans la partie muséale de
l'observatoire, décida de mesures énergiques; cette fois, c'était
une de trop!
En réponse à
"Le
22 Septembre Challis m'écrivit pour me dire que M. Adams me confierait
ses résultats sur l'explication des inégalités d'Uranus, par l'action
d'une planète extérieure. En Octobre, Adams m'a rendu visite, en mon
absence. Le 5 Novembre, je lui ai écrit pour lui demander si sa théorie
expliquait l'irrégularité du rayon-vecteur (aussi bien que celle de la
longitude). J'ai en vain attendu une réponse."
G.B. AIRY, Autobiography, 1845
avec un tact tout
britannique:
"Après
avoir obtenu plusieurs solutions différant peu les unes des autres, en
prenant graduellement en compte de plus en plus de termes des séries
qui expriment les perturbations, je communiquais au Professeur Challis,
en Septembre 1845, les dernières valeurs que j'avais obtenues pour la
masse, la longitude héliocentrique et les éléments de l'orbite de la
planète supposée. Je communiquais le mois suivant, les mêmes éléments,
légèrement corrigés, à l'Astronome Royal. [...]Le résultat [de
nouvelles corrections] dont j'ai informé Mr Airy en Septembre de cette
année, apparurent plus satisfaisantes que les précédentes [....]
En Novembre 1845, M. Le Verrier présenta à l'Académie Royale des
Sciences une investigation très complète, très élaborée de la Théorie
d'Uranus, perturbée sous les actions de Jupiter et Saturne, mettant en
lumière des inégalités jusqu'ici négligées; et en Juin de cette année,
il la fit suivre d'un mémoire dans lequel il attribuait les
perturbations résiduelles à l'action d'une autre planète, à un
éloignement du Soleil deux fois plus grand que celui d'Uranus. Il
trouva pour la nouvelle planète une longitude trèx voisine de celle que
j'avais obtenu sous la même hypothèse. Le 31 Aiût, il présenta à
l'Académie une recherche plus complète, dans laquelle il déterminait
la masse et les éléments de l'orbite de la nouvelle planète, ainsi que
des bornes pour la distance moyenne et la longitude héliocentrique. Je mentionne ces dates dans le seul but de
montrer que mes résultats avaient été obtenus indépendamment et
antérieurement à la publication de M. Le Verrier, sans l'intention de lui disputer sa juste
revendication des honneurs de la découverte;
car il n'y a aucun doute que ses
recherches ont été publiées les
premières, et ont conduit à la découverte de la planète par le Dr
Galle; et donc les faits énoncés ci-dessus ne peuvent en aucune
manière
diminuer le crédit dû à M. Le Verrier."
Laissons, pour finir, la parole à la défense... puisque cette page
est consacrée à Mr Airy!
"Le
sujet qui a accaparé l'attention cette année fut la découverte de
Neptune. Comme je l'ai dit (cf 1845), je n'ai obtenu aucune réponse
d'Adams à ma demande de précisions. Le 26 Juin, j'ai entamé une
correspondance d'un caractère satisfaisant avec
M. Le Verrier, qui avait entrepris d'étudier les perturbations
d'Uranus, et qui était parvenu à des conclusions peu différentes de
celles d'Adams. J'écrivis le 9 Juillet à Challis, le priant, puisqu'il
dispose du télescope le plus puissant en Angleterre, de balayer
l'espace à la recherche de la planète; je suggérais un plan. Je reçus
l'information de sa découvete par Galle, pendant que je visitais Hansen
à Gotha. Pour la suite de l'histoire officielle, voir mes
communications à la Royal Astronomy Society, et pour mon histoire
privée, les papiers de l'Observatoire Royal. J'ai été férocement
injurié, tant par les Anglais que par les Français."
G.B. AIRY, Autobiography, chapter:1846
Caricature de Cham dans
L'Illustration: Adams découvre
Neptune...
en observant à la lunette la publication de Le Verrier, par dessus la
Manche!
Caricature
d'Airy dans Vanity Fair ( source: Wikipedia )
Bibliographie et Liens
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