Ulugh Beg, le Prince des Etoiles


    Ulugh Beg est le petit-fils de Tamerlan. Il est né à Soltanieh -actuellement en Iran- en 1394; son grand père est si heureux ce jour là qu'il épargne la population du fort turc qu'il vient de faire céder, rompant avec son habitude la plus fréquente: monter en pyramide les crânes de ses adversaires vaincus.  
   Son père, Shah Rhuk (1377-1447), est le quatrième fils de Tamerlan. Mais deux d'entre eux étaient déjà morts lorsque Tamerlan décède, et son deuxième, Miran Shah (1366-1408), ne lui survivra guère longtemps. Tamerlan avait d'ailleurs choisi pour successeur un autre de ses petits fils, Pir Muhammad, qui meurt en 1406. Voilà donc le champ libre pour Shah Rukh, qui prend le pouvoir en 1409,  et installe sa capitale à Herat, dans la province du Khorasan (Afghanistan, aujourd'hui).
   Mais Samarcande, la capitale de Tamerlan, n'est pas abandonnée: Ulugh Beg, son aîné, en est nommé vice-roi immédiatement: il n'a que 15 ans. Le cadet, Baysunghur (1399-1433), restera auprès de son père comme vizir.

     

   Le règne effectif d'Ulugh Beg sur  l'empire  sera donc très bref:  deux ans,  de 1447 à 1449: il est assassiné par des hommes à  la solde d'une conjuration d'intégristes religieux dirigée par son propre fils,  Abdul Latif, le 27 Octobre.  Mais son action politique et scientifique à Samarcande est très marquée et très durable: plus de 30 années de direction de la cité et d'observation des astres! Il est souvent dit qu'il  était bon scientifique et piètre politique, à la lumière de cette fin tragique et de son peu de goût pour les conquêtes guerrières. Il n'empêche qu'il a su décider,  disposer des moyens financiers de sa volonté, et du temps nécessaire à son accomplissement. Que cette politique orientée sur l'éclat scientifique, culturel et artistique de Samarcande n'ait pas fait l'unanimité, que ses conceptions philosophiques parfois avant-gardistes (qui n'excluaient pas une grande religiosité) aient choqué certains, est une autre affaire.



   Le politique donne donc au scientifique les moyens de sa passion: la construction de la médersa (1417-1420), qui sert à la fois de lieu d'enseignement religieux, mais aussi mathématique et astronomique, de "séminaire scientifique" (bref, l'équivalent d'une université) et... d'observatoire, jusqu'à ce que celui-ci soit construit séparément (1420-1428). Tamerlan avait déporté les meilleurs artisans de Damas pour la splendeur de sa capitale; Ulugh Beg emploie des moyens moins brutaux, mais fait venir auprès de lui les meilleurs spécialistes, une équipe dont émerge deux personnalités de tout premier plan:

l'astronome Quadi-Zadé-Rumi       le mathématicien Al-Kashi


   Autre aspect de sa politique de travaux, il fait édifier à Samarcande ce qui sera le mausolée des timourides, le Gour-Emir, où l'on peut voir sa pierre tombale,et compléter la nécropole de Shar-i-Zindah où reposent des membres de la famille régnante, des amis, des proches: c'est là que se trouve -en principe- la sépulture de Quadi -Zadé-Rumi.
   [ Ici, un plan de Samarcande à l'époque timouride; là, un plan actuel ]

   Le concept d'une médersa symboliquement "ouverte" -on peut voir à l'intérieur depuis la place du Reghistan- tout en respectant l'architectue "fermée" d'un tel lieu, est une signature d'Ulugh Beg: rien de pareil n'existe ailleurs. Au moins dans le symbole, il s'agit d'abolir toute barrière entre l'élite scientifique et le peuple. Cette même idée d'élévation des esprits est présente sur la façade d'une autre médersa, celle qu'il a fait édifier à Boukhara en  1419: Ulugh Beg a choisi d'y faire graver ce verset du Coran:

"Eclairer son esprit par l'étude est le devoir de chaque Musulman et chaque Musulmane"

C'est sur une stèle de l'observatoire que figurait cette pensée dont il est l'auteur:

"Les religions se dissipent comme le brouillard, les empires se démantèlent, mais les travaux des savants demeurent pour l'éternité"

Quelques portraits récents figurent au musée de l'observatoire, allégories teintées parfois de naïveté... ou de zoroastrisme!
 



Les peintures murales du Musée de l'Observatoire rendent également hommage au savant et au souverain
             



Un traité d'Ulugh Beg ( musée Reza Abassi, Téhéran )