L'Observatoire est devenu un musée en 1998. Il conserve donc la mémoire des astronomes royaux successifs et d'instruments d'observation. Petite promenade chronologique!
Situons bien d'abord, sur une vue d'ensemble,les murs extérieurs sur lesquels nous trouverons des évocations des deux premiers:
Et n'oubions pae
qu'en leur temps, où les spécialités n'étaient pas si séparées
quaujourd'hui, ils étaient considérés -nous en verrons des preuves!-
comme mathématiciens. L'excellent site de biographies MacTutor les recense d'ailleurs comme tels!
FLAMSTEED, 1er Astronome Royal (de 1675 à 17819)
Le bâtiment qui fut le premier à être construit (elon les plans de
Christopher Wren, architecte de Saint-Paul à Londres) est dénommé Flamsteed House (c'est ce que vous indique la plaque à gauche de la porte dentrée) en l'honneur de celui pour qui fut créée la charge d'Astronome Royal
par le roi Charles II: cet ami des sciences y avait formé son goût en
France, durant son exil (c'est à dire, pendant la dictature de
Cromwell, 1653-1658). Flamsteed en posa lui-même la première pierre, le
10 août 1675, et il demeura jusqu'à sa mort, le 31 décembre 1719.
Gravure de George vertue d'après un tableau de Thomas Gibson, 1721
La forme extérieure fait apparaître la pièce d'où Flamsteed
faisait une partie de ses observations, la salle octogonale. En dépit
des transformations ultérieures, le musée a restitué qualiment à
l'identique une "ambiance dépoque" -cemme de Flamsteed. La lunette est
une copie, pas le modèle original.
Gravure de Francis Place, 1712
Sous la fenêtre contre laquelle s'appuie la lunette (regarez
bien! De dehors on distingue, ci-dessous, "l'échelle" d'appui), une
plaque a été apposée pour rendre encore plus solennelle la fondation
royakle:
" Le très noble Roi
Charles II, le plus grand protecteur des Arts de l'Astronomie et de la
Navigation, a fait construire cet Observatoire pour servir ces deux
disciplines. Dans l'année de notre seigneur 1676, en la vingt-huitième
année de son règne. James Moore, Inspecteur Géénéral du Conseil de
l'Artillerie*, en a supervisé la construction."
*Le titre de "Surveyor General of the Ordnance" n'a pas vraiment d'équivalent en Français. On traduit tantôt Conseil de l'Artillerie, tantôt Commission du Matériel (militaire). On pourrait penser, en langage actuel -donc anachronique- en France, à la Direction de l'Armement.
Flamsteed
avait fait construire d'autres instruments que
ceux montrés dans la salle octogonale. Le plus étonnant est un puits de
30m de profondeur, dont il ne subsiste que la margelle. Il était
destiné à l'observation des astre au zénith, mais ne donna jamais
satisfaction, en raison de son humidité, pfort préjudiciable aux
lentilles de la lunette installée au fond!
Puits d'observation zénithale (aujourd'hui coblé)
Ci-contre, à gauche, son schéma en coupe
(copie sur le panneau explicatif d'une gravure de 1676)
in Volume 3 de l' Historia Coelestis Britannica, (London, 1725) repris par cette page dédiée à l'instrument (site de l'observatoire)
Flamsteed avait aussi fait construire un arc d'observation (1689), plus
grand qu'un quadrant (auquel se limiteront ses successeurs). Il l'avait payé sur ses fonds personnels! L'instument n'est
pas resté à l'observatoire, sa veuve l'ayant emporté lorsqu'elle a
quitté les lieux. En souvenir des nuits qui lui furent volées?
Mystère... La trace en a été rapidement perdue; mais le plan en a été conservé, et révèle qu'il couvrait 10°
à 140°
C'est un arc mural, dont on ne sait pas exactement où il était
installé. Heureusement, nous en saurons plus avec ses deux successeurs
oimmédiats!
Il fut aussi le premier à
comprendre que la grande comète de 1680 et celle de 1681.. n'en
étaient qu'une seule. D'abord en désaccord, Newton se rallia à sa thèse
et l'illustra même dans ses Principia, l'ajustant sur une trajectoire parabolique. ( L'orbite sdes comètes est une ellipse, mais si allongée (excentricité
proche de 1, celle de la parabole) que l'approximation parabolique est
justifiée en pratique, tout en offrant l'avantage de calculs plus
simples. [compléments sur l'excentricité orbitale]
iFigure de Newton dans les Principia: orbite "parabolique" de la comète de 1680
(source: Wikimedia Commons)
À Dantzig (aujourd'hui: Gdansk)
Heveliusz l'avait lui aussi observé.
HALLEY, 2ème Astronome Royal (de 1720 à 1742)
buste à Greenwich
Plaque-souvenir
Cloître de Westminster Abbey, Londres
Bien sûr, il est d'abord connu
pour la comète à laquelle son nom est attaché. Mais ce serait une
erreur de réduire son activité scientifique à cette seule "découverte",
et ce qui est inscrit dans la queue de comète de la plaque de
Westminster Abbey est là pour nous le rappeler très opportunément.
Cette plaque a été posée en 1986, année de retour de la comète et de
son survol par la sonde européenne Giotto. Celle-ci, pour ajouter à la fierté britannique, a été construite par British Aerospace,
et l'on n'a oublié ni de la faire figurer au centre du disque (ce qui
est plutôt réussi sur un plan artistique), ni de le faire figurer sur
l'inscrioption circulaire... Allez savoir pourquoi, ni l'ESA, ni le
lanceur Ariane 1 (comme le temps passe! 40 ans plus tard, c'est Ariane
6 qui triomphe) ne sont mentionnés... Quant à son nom, c'est un hommage
au peintre italien, dont la célèbre Adoration des Mages (circa 1305) comporte un détail qui pourrait bien être une représentation du passage de la comète en 1301.
Cette année 1986 aura été l'occasion d'une avalanche philatélique!
(Mettez vous à la place des états qui veulent encaisser quelques
devises en séduisant les philatélistes: si vous ratez l'occasion, il
vous faudra patienter jusqu'en 2061!). Il ny a pas que des réussites,
mais on trouvera de l'intérêt à ceux qui reproduisent des documents
anciens ou explicitent la trajectoire en datant la position, mettant en
évidence son ellipse très allongée:
La fameuse comète a été aperçue bien des fois depuis l'Antiquité
et tout particulièrement en Chine. Encore fallait-il savoir que
c'était le même objet que l'on voyait et non des astres différents à
chaque occurence! C'est là qu'uintervient un cconseil providentiel venu
de France...et plus précisément de l'Observatoire de Paris:
Cassini, à l'Observatoire de Paris
"Monsieur Cassini m'a fait la faveur de me confier ses relevés de la comète alors que je me préparais à quitter la ville; en plus des observations qu'il effectua à la date du (1681), il m'a soumis une théorie sur son mouvement, à savoir que la comète est celle-là même qui apparut à Tycho (Brahé) en l'an 1577, que sa révolution décrit un grand cercle dans lequel est comprise la Terre."
Cassini a émis cette hypothèse en comparant les positions d'apparition
dans le ciel et les vitesses. Halley ne réagit pas fortement au passage
de "sa" (future!) comète en 1682, mais tout va changer lorsqu'il se lie
d'amitié avec Newton en 1684, s'enthousiasme pour sa théorie de la
gravitation universelle, et préface les Principia Mathematica.
Il étudie toutes les observations dont il peut disposer, remontant
jusqu'à celle de Pline l'Ancien. S'appuyant sur un corpus des positions
successives de 24 comètes entre 1337 et 1698, il calcule les éléments
de leurs orbites (elliptiques) et obtient pour trois d'entre elles apparues en 1531, 1607 et 1682, la
conviction qu'elles ne sont qu'un seul et même corps celeste, tant les
résultats sont proches. Il consigne ses résultats dans un petit ouvrage
qui paraît en 1705 et dans lequel il prédit le prochain passage au
périhélie en 1758
(point le plus proche du soleil). Il aurait alors 102
ans! L'ouvrage, initialement rédigé en latin, est très vite
proposé en Anglais... et remarquez le, son auteur est désigné comme professeur de géométrie.
"L'identité de ces trois astres paraissait, dès lors, évidente. Aussi
Halley se hasarda-t-il à prédire qu'une comète se montrerait de nouveau
vers la fin de 1758 ou au commencement de 1759, et cela avec des
éléments paraboliques peu différents de ceux que je viens de rapporter. Cette prédiction, en se vérifiant, devait amener une ère nouvelle dans l'astronomie cométaire.
Afin de convaincre les plus incrédules, on pensa qu'il serait utilede
faire disparaîttre, quant à la date du retour, le vague dans lequel
Halley s'était légitimement renfermé, car, de son temps, il eût
été impossible de déterminer avec exactitude la valeur des
perturbations. C'est ce problème, si difficile, que notre compatriote Clairaut résolut.
Il trouva qu'à raison du ralentissement que l'attraction des planètes
apporterait à sa marche, la comète emploierait à revenir au périhélie
618 jours de plus qu'à la révolution précédente, savoir: 100 jours par
l'effet de Saturne et 518 jours par l'action de Jupiter. Le passage
devait ainsi correspondre au milieu d'avril 1759. Clairaut avertit toutefois que, pressé par le temps, il avait négligé dans son calcul de petits termes qui, accumulés, pourraient s'élever, en plus ou en moins, à 30 jours tous les 76 ans."
F. ARAGO, Astronomie populaire, tome2, pp. 279-280(éd. posthume,1854-57)
Clairaut, sur la façade de l'Hôtel de Ville de Paris.
Cette prise en compte des perturbations de l'orbite elliptique causées par Jupiter et Saturne, Newton lui-même en avait fait la suggestion à Halley. .
En effet, la merveilleuse simplicité de sa loi d'attraction si bien nommée universelletend
un piège diabolique aux calculateurs: l'orbite elliptique très
allongée, qu'il reste légitime de considérer comme parabolique, de la
résolution du problème de Kepler à deux corps (attraction de la comète
par le Soleil) est faussée lors du passage près des grosses
planètes, qui engendre un problème à trois corps (Soleil-Saturne-Comète, puis Soleil-Jupiter-Comète) pour lequel il n'y a plus de formule exacte de résolution. L'astuce mathématique est de décomposer
la force d'attraction supplémentaire en une série, somme infinie de
termes correctifs de plus en plus petits, que l'on tronque plus ou
moins arbitrarement, en considérant qu'à partir d'un certain rang ils peuvent être négligés. Clairaut reconnaît donc qu'il lui aurait fallu, pour plus de précision, en considérer davantage; et c'est ce que Lalande, à l'Observatoire de Paris, se propose de faire. Mais pour lui aussi, le temps presse: six mois de calculs intensifs «depuis le matin jusqu'au soir, quelquefois même à table» que Lalande mène avec la mathématicienneNicole Reine Lepaute permettent à Clairaut d'annoncer, en , le retour de la comète pour le de l’année suivante. Ce sera le 13 mars 1759 ... un peu "en avance" donc, mais leurs calculs et cette prédiction constituent une première et essentiellevérification expérimentaledu caractère universel de l'attraction newtonienne, en ce qu'elle corrige la simple ellipse képlerienne du système à deux corps Soleil-Comète.
Et pour Halley, c'est la gloire d'avoir été le premier à voir juste, et
d'accoler son nom à la comète qu'il est ... le dernier (d'une longue
liste) à avoir vu!
- Lalande, à l'Observatoire de Paris;
Halley veut doter l'observatoire d'un bon instrument, particulièrement précis dans les mesures de l'angle de visée (l'élévation, c'est à dire la hauteur par rapport à l'horizon de l'objet observé, planète ou étoile); il confie à cette fin la construction de
ce grand cadran à George Graham en 1725. Malheureusement, le poids du
bras d'observation déforme le cadre de fer et d'acajou et le rend
ino^pérant! (information du cartel apposé au mur; vous aurez beaucoup
plus d'informations sur catte page officielle de l'observatoire-musée).
Mais loin d'être un savant confiné dans son laboratoire, il
n'hésite pas à faire le long voyage qui le mène à Sainte Hélène
pour compléter le catalogue d'étoiles de Tycho en cartographiant le
ciel austral, et observer le transit de Mercure (passage de la planète devant le Soleil).
Le passage de Mercure devant le Soleil,
Giacomo Balla (1914)
Centre Georges Pompidou, Paris
Halley s'est aussi intéressé à la prédiction de l'éclipse du 3 Mai 1715,
pour laquelle il a proposé une carte prédictive (en superposant la
bande de totalité calculée à une carte du royaume en usage); il ne se
trompa que de 4 minutes, car les tables lunaires dont il disposait
était légèrement inexactes. Cette éclipse est depuis dénommée éclipse
de Halley.
N.B. : ce texte de commentaire figure en dessous de la carte sur le document original.
La date qui figure dans le titre en haut de la carte : 22 avril 1715
est celle du calendrier gjulien, car l'Angleterre n'adopta la réforme
grégorienne qu'en 1752.
Au mur
du petit bâtiment carré le plus à droite figure la pierre tombale de la
famille de l'astronome. Elle provient du cimetière de St. Margaret, à
Lee (banlieue sud de Londres), où elle a été démontée lors de la
restauration de la sépulture effectuée en 1854; les époux Halley y sont
restés enterrés, et une copie de la pierre originale y a été posée.
L'inscription, peu lisible, est un hommage de leur filles.
"
Sous cette pierre tombale , Edmond Halley , incontestablement le
plus éminent astronome de son temps, repose en paix auprès de sa très
chère épouse. Aussi, pour que celui qui lit ces lignes sache quel genre
d'homme, et quel grand homme il était, qu'il lise ses différents écrits
dans lesquels il a glorifié, embelli et renforcé presque tous les arts
et les sciences.
Et par suite, comme il fut sa vie durant un
homme tellement chéri par ses concitoyzns, qu'une postérité
reconnaissante vénère sa mémoire. Né en l'an de notre Seigneur 1656.
Mort en 1742. Cette pierre a été dédiée à d'excellents parents par deux
filles dévouées en l'an 1742."
BRADLEY, 3ème Astronome Royal (de 1742 à 1762)
Son nom est probablement moins
connu du grand public que celui de son prédécesseur, et pourtant... Les
astronomes professionnels l'ont en plus haute estime. Ainsi, en France,
Delambre dans une de ses études historiques, n'hésite pas à lui
accorder la première place, pour deux découvertes majeures, l'aberration stellaire et la nutation
de l'axe de la Terre (voir les pages Wikipedia mises en liens pour les
définitions de ces termes; la nutation est présentée sur un schéma très
clair.) Laissons lui la parole:
"Bradley, l'astronome le plus célèbre qu'ait produit l'Angleterre, était né en 1692, à Shireborn, dans le comté de Gloucester.[...]
[...] C'était
un service bien important rendu à l'Astronomie par Bradley, que cette
ellipse, qui donnait les moyens de calculer en tout temps l'aberration
d'une étoile quelconque, soit en longitude et latitude, soit en
ascencion droite et en déclinaison. [...] Il fit plus, il indiqua la cause physique, qui est la combinaison du mouvement de la lumière avec le mouvement annuel de la Terre.
[...] Il ne tarda pas à apercevoir cette complication, qui avait été si
embarassante pour Picard. Les mouvements des étoiles calculés par ses
formules ne suffisaient pluds,pour représenter les apparences, l'erreur
alla croissant pendant neuf années, et puis en diminuant pendant les
neuf années suivvantes. Il reconnut une inégalité dont la période était
de 18 ans, comme celle des noeuds de la Lune; il était évident que c'était la nutation de l'axe terrestre [...]
Bradley ayant suivi pendant vingt ans ces nouvelles recherches, rn
donna enfin le résulttat dans une lettre insérée dans les Transactions Philosophiques de 1748.[...]
C'est à ces deux découvertes de Bradley que nous devons l'exactitude de l'astronomie moderne.Sans
elles, il était impossible à l'astronome le plus rigoureux de faire
accorder ensemble les ascensions droites onservées d'une même étoile à
50 ou 60" près, et les déclinaisons à une demi-minute. Ce double servicce assure à son auteur la place la plus distinguée après celle d'Hipparque et de Képler, et au dessus des plus grands astronoes de tous les âges et de tous les pays; ces travaux auraint suffi à sa gloire."
Jean-Baptiste DELAMBRE, Histoire de l'Astronomie au XVIIIème Siècle (1821)
Delambre, à l'Observatoire de Paris
Bradley a réussi à obtenir un
financement de nouveaux appareils, et comme pièce maîtresse un quadrant
de 8 pieds, construit par John Byrd (1750), destiné à remplacer celui
de Halley. Le plan en est le même, mais il diffère par les matériaux de
fabrication: il est entièrement en cuivre, y compris l'échelle de
lecture. Il est lui aussi visible sur place, et le musée a aussi
marqué, au mur et au sol, l'emplacement de "son" méridien, apportant
une première correction à la position de Halley.
Et de nouveau, beaucoup
plus d'information concernant le quadrants sur catte page officielle de l'observatoire-musée).
Sous-produit remarquable des travaux précédents, une détermination remarquable en 1729 de la vitesse de la lumière,
à la précision inégalée (+0,40%) ... jusqu'à Michelson, en 1926, deux
siècles plus tard!. Entre temps, Fizeau en 1848 (+5%), Foucault en 1862
(+0.60%), n'auront pas réussi à prendre le record d'exactitude.
On doit aussi à Bradley la détermination du rayon
angulaire de Vénus.
MASKELINE, 5ème Astronome Royal (de 1765 à 1811
Portrait conservé à l'Observatoire
Modèle du système solaire qu'il aurait utilisé pour instruire ses filles.
Ce qui est remarquable est qu'il inclut Uranus, découverte par son ami Herschel.
(voir cidessous le paragraphe qui lui est consacré)
Moins connu, sans doute, que ses prédécesssurs, il fit, comme
Halley avant lui, le voyage de Sainte-Hélène pour observer le transit
de Vénus, en 1761. Date remarquable en tant que première collaboration
astronomique internationale, car il est suivi par de nombreux (et
célèbres) astronomes de toute l'Europe: Bailly, Lacaille, Lalande, La
Condamine et Messier à Paris, Cassini de Thury à Vienne (Autriche),
Bliss à Greenwich, Tobias Mayer à Göttingen, Mason et Dixon au Cap de
Bonne Espérance, Bugge à Trondheim, Lomonossov à Saint-Petersbourg, et même, à Tobolsk,en Sibérie... par un Français, Jean Chappe, oncle du futur inventeur du télégraphe optique.
C'est au cours de ce long voyage qu'il expérimente avec succès une méthode de calcul
de la longitude reposant sur la distance de la lune à une étoile fixe,
via la mesure de l'angle entre ces deux astres. Quand on parle de distance, il s'agit plus exactement d'un écart angulaire,
car, que ce se soit dans le ciel (astronomie) ou sur la Terre
(géodésie), les angles sont relativement aisés à mesurer, tandis que
c'est impossible pour les grandes distances. Le principe n'était pas
neuf, et connu de Bradley: encore fallait-il pour la mettre en pratique
deux outils essentiels: un instrument optique permettant cette mesure,
et ce fut le quadrant de Hadley (1730), et des tables très précises des positions de la Lune, un travail de longue patience (la Lune ayant un cycle de 18 ans!) auquel s'étaient attelés tous les astronomes précédents à Greenwich, mais dont la précision avait été considérablement améliorée par l'Allemand Tobias Mayer.
"Avec des cartes détaillées et un instrument fiable, un bon navigateur
pouvait, du pont de son navire, mesurer les distances lunaires. [...] Comme
leur nom l'indique, les distances angulaires, exprimées en degrés
d'arc, indiquaient l'angle entre deux lignes de visées partant de
l'observateur aux deux points en question. Ce navigateur comparait
encore l'heure à laquelle il avait vu la Lune à 30° de l'étoile Régulus, par exemple,
au cœur de la constellation du Lion, avec l'heure à laquelle cette
position particulière avait été décrite au port d'attache. Si cette
observation avait eu lieu à 1h du matin, temps local, par exemple, alors que les tableaux indiquaient qu'elle se produisait à Londres à à 4h du matin, cela signifait que l'heure locale du navire, et du coup, celui-ci même, étaient de 3h en avance, donc à la longitude de 45° à l'ouest de Londres."
Dava SOBEL, Longitude (Points Sciences)
N.B: 24h correspondent à 360°, donc 1h à 15°; pensez aux fuseaux horaires!
Source: article Wkipedia distance lunaire
[ N.B.: sur le quadrant de Hadley, en apparence assez mal nommé puisque c'est un ...
octant (i.e. l'échelle angulaire est sur un huitième de cercle; son
perfectionnement aboutira au bien connu sextant, dont l'échelle angulaire est sur un sixième de cercle),
voir l'article Wikipedia, bien plus largement documenté en version anglaise-of course! et un exemplaire de la
collection de l'Université de Harvard, incluant une vidéo de
présentation
de son fonctionnement. Un dispositif à deux miroirs permet de mesurer
des angles jusqu'à 2×45°=90°, lui conférant ainsi la même étendue de
mesures qu'un quadrant... d'où la justification de son nom. De même, le
sextant permet de mesurer des angles jusqu'à 2×60°=120°, et c'est pourquoi il l'a supplanté, car la mesure de l'écart Lune-Soleil peut dépasse 90° ]
Le Guide du Marin Britannique, exposé à Greenwich
"Maskeline se rendit
dans la petite île de Sainte-Hélène, au dessous de l'équateur dans
l'Atlantique, où Edmund Halley s'était rendu au siècle précédent
pour décrire les étoiles de l'hémisphère sud et où Napoléon Bonaparte
serait, au siècle suivant, condamné à vivre ses derniers jours.
Naviguant autour de l'île, Maskeline utimisa le quadrant de Hadley et
les tables de Mayer pour établir à plusieurs reprises sa longitude en
mer, à sa satisfaction et et à celle de Bradley. Grâce à l'adresse de
Maskeline, la technique de Maskeline marchait comme un charme. [...]
Maskeline, défenseur de la méthode rivale*, était revenu de Sainte-Hélène à Londres en mai 1762 [...], assez fier de ses succès. Il consolida immédiatement sa réputation en publiant le Guide du Marin Britannique, une traduction en Anglais des tables de Mayer, assorties d'indiccations pour leur utilisation."
Dava SOBEL, Longitude (Points Sciences)
* rivale de celle de Harrison, c'est à dire la construction et l'utilisation d'un chronomètre de marine fiable.(Voir ses machines dans la page Airy)
Ansi, les tenants de cette méthode astronomique, Maskeline en
tête, se retrouvèrent en rivalité avec John Harrison et ses chronomètres de
marine (présentés dans notre page Airy)
Portrait (dessin) de Maskeline Observatoire de Greenwich
"Nevil
Maskeline, demeuré dans l'histoire sous le surnom d'«astronome du
marin», est [...] probablement plus buté que méchant. Mais John
Harrison l'exécrait passionément et à juste titre. L'antagonisme entre
ces deux hommes transforma la dernière étape de la recherche de la
longitude en une furieuse bataille. Maskeline adopta, puis épousa et
enfin incarna la méthode de la distance lunaire.
[...]
Les amiraux et les astronomes du Conseil de la longitude défendirent ouvertemement l'héroïque méthode de la distance lunaire [...] comme l'émanation logiquede leur propre expérience de la mer et du ciel. [...]
En comparaison, John Harrison offrait au monde un petit engin qui tictaquait dans une boîte. Absurde!
Pis, cet engin avait intégré toutes les complications du problème de la
longitude. L'utilisateur n'avait plus à connaître les maths ou
l'astronomie, ni même avoir de l'expérience pour sen servir. [...]À
une autre époque, Harrison aurait pu être accusé de sorcellerie pour
avoir offert pareille solution dans une boîte magique. Telles que les
choses étaient, Harrison se dressait seul contre les intérêts qus la
communauté scientifique avait investis dans la navigation."
Dava SOBEL, Longitude (Points Sciences)
Portrait (gravure) de Harrison Observatoire de Greenwich
Maskeline ne mérite toutefois pas d'être réduit au rôle de
perdant de cette confrontation, logiquement remportée après bien des
embûches par Harrison. Une de ses réussites est d'avoir, le premier,
imposé la publication annuelle des observations et tout particulièrement l'Almanach Nautique; le premier est publiè en 1767.
Exemples de recueil d'observations.
Il est intéressant d'ouvrir cet almanach (en ligne
à l'Université de Cambridge) pour voir, dans ses deux premières pages,
la description des symboles (classiques) représentant les objets
célestes et la disposition des informations, jour par jour; mais encore
plus piquant de lire dans sa préface que les logarithmes sont la seule
difficulté du Calcul Infinitésimal ... et surtout l'importance du calcul des différences. Ce calcul que Babbage proposera en 1821 de mécaniser avec sa première machine, la Machine à Différences... dont son contemporain Airy ne verra pas l'intérêt !!!
........
HERSCHEL,... qui n'était pas Astronome Royal
C'est pourtant l'une des choses
que l'on voit tout de suite en arrivant à l'observatoire de Greenwich:
la seule portion sauvegardée de son grand télescope de 40 pieds,
construit en 1789, à Slough (48km à l'ouest de Greenwich).
Portrait au musée de Bath
Image de droite: derrière lui, la coupole "en oignon"
Décevant à
l'usage (peu maniable, et difficile à entretenir), démantelé par son
fils en 1840, et très endommagé par la chute
d'un arbre proche, il n'en reste presque rien alors qu'il fut, à son
époque,
mentionné comme curiosité touristique, tant son gigantisme en imposait!
Il nous reste, pour nous en faire une idée, les gravures d'époque,
leurs reprises philtéliques et... une petite maquette au musée Herschel
de Bath, où nous allons nous rendre ensuite pour en savoir plus sur lui.
Ci-dessus, à gauche la maquette au Musée Herschel de Bath;
et à droite, un cliché pris par son fils John [Musée Herschel de Bath]. Brume épaissse ou... balbutiements de la technique photographique naissante, difficile à savoir...
Ci-contre, timbre représentant les fondateurs de la Royal Astronomical Society en 1820.
William Herschel tient une feuille montrant Uranus et les deux premiers satellites qu'il en a découverts, Obéron et Titania.
Le nom marqué sur le document est celui de planète georgienne (Georgium Sidus), que
Herschel avait proposé en l'honneur du roi! (suivant la "tradition" de
Galilée nommant astres médicéens les satellites de Jupiter...)
Avec lui, Baily (au centre) et son fils John, à droite (qui fut un ami de Babbage).
Deux ans auparavant, en 1787, il avait édifié un télescope de 20 pieds, avec un bâti très similaire.
[gravure au Musée Herschel de Bath]
Ce n'est pourtant avec ausun de ces deux instruments q'il a
découvert Uranus! L'outil était beaucoup plus rudimentaire; le musée de
Bath en conserve une copie.
Au musée Herschel de Bath
Le timbre commémoratif malien est inspiré par un portrait moins fréquemment présenté dans les articles sur Herschel,
L'astronome y est représenté plus âgé, sans perruque.[Gravure , musée de l'Observatoire de Greenwich]
Et cette découverte va aussi avoir des conséquences... sur le
calcul de la date de retour de la comète de Halley! Son ellipse
très allongée lui fait, en quelque sorte, visiter tout notre système
solaire, et elle subira aussi l'influence d'Uranus. Il va falloir,
après le succès de 1759, remettre en chantier les calculspour le
passage suivant; Arago poursuit le récit que nous avons interrompu
ci-dessus:
"Aucun
doute n'étant plus permis sur la périodicité de la comète de 1759, il a
fallu calculer la date de son retour en 1835. Damoiseau, notre
compatriote, membre du Bureau des Longitudes, n'a pas reculé
devant cet immense travail. Il a poussé les approximations beaucoup
plus loin que son devancier; en
outre, il a tenu compte, et de de l'action troublante de la planète
Uranus, dont l'existence n'éttait pas connue du temps de Clairaut, et
de celle de la Terre. Son résultat définitif était que la
comète, en 1835, devait passer au périhélie le 4 novembre. Un autre
astronome M. de Pontécoulant, ayant fait de son côté les mêmes
laborieux calculs, avait fixé, dans un premier travail, le moment du
passage au 7 novembre. Un calcul plus complet de l'action de la Terre
et surtout la substitution d'un nombre plus exact pour la masse de Jupiter, amenèrent M.
de Pontécoulant à ajouter six jours entiers à l'ancienne détermination:
le passage au périhélie ne devait plus arriver que le 13 novembre.[...]
Postérieurement, l'observation a donné le 16, c'est à dire 3 jours
seulement de différence avec la détermination du calcul regardé comme
le plus exact, et 12 jours de différence avec celle du calcul considéré comme le plus éloigné de la vérité. [...] La période moyenne
est de 76 ans et 1 mois. Les perturbations qui ont diminué la période
de 1 an 2 mois de 1607 à 1682, ont augmenté de 1 an 6 mois celle de
1378 à 1456. Les révolutions de la comète de Halley ne sont donc pas,
comme on le croyait, alternativement de 76 et 75 ans. Ainsi, sans la
théorie des pertubations, on n'aurait pas pu prédire le retour de la
comète avec exactitude."
F. ARAGO, Astronomie populaire, tome2, pp. 281-284(éd. posthume,1854-57)
Ci-contre: position de l'orbite de la comète de Halley, par rapport à celles des planètes, dans l'Astronomie populaire. L'échelle des distances est respectée.
voquée en deux tableaux dans la partie muséale de
l'observatoire, décida de mesures énergiques; cette fois, c'était
une de trop!
En apprendre un peu plus sur HERSCHEL,... au Musée de Bath
Le 19, King Street à Bath
ne se distingue pas particulièrement des maisons environnantes, toutes
construites sur le même modèle. C'est une maison d'allure modeste,
typiquement britanniqu, qu'Herschel occupa avec sa sœur Caroline à
partir de 1772, jusqu'en 1782.
Deux plaques de part et d'autre de l'entrée signalent, l'une que c'est
un musée, l'autre qu'il y vécut en soulignant particulièrement l'année
1781, où il découvrit Uranus.
Elle a été inaugurée en tant que musée le 13/03/1981, exactement 200 ans après la célèbre découverte.
Au musée Herschel de Bath
C'est au jardin, à l'arrière de la maison, qu'on trouvera une statue,
touchante évocation de l'équpe que formaient William et Caroline.
Sculpture de Vivien Moudell, "Stargazers"
Dans la maison, le salon de musique, avec sa harpe de 1795 et un décor original en... tuyaux d'orgues nous rappelle que Herschel est arrivé en Angleterre en musicien!
On peut d'ailleurs regretter que sa musique soit si peu enregistrée,
et, hélas semble-t-il encore moins exécutée, car elle est tout à fait
honorable pour son époque, et s'insérerait sans le déparer dans un
programme classique aux côtés d'œuvres de Mozart ou Haydn.
En fait, un amateurqui découvre Uranus... (par hasard, en traquant les étoiles doubles, son sujet de prédilection ) et deviendra en 1820 président de la Royal Astronomic Society!
Caroline est plus qu'une simple assistante:
elle scrute les comètes, en découvre plusieurs, dès 1783 "La Rose de Caroline",
puis 8 autres entre 1786 et 1797; en 1798, elle constitue un catalogue
d'étoiles à partir de celui de Flamsteed (en corrigeant les positions)
et de ses observations propres, qu'éditera la Royal Society.
Et lorsqu'ils ne sont pas ensemble à Slough (à la campagne, non loin de
Bath; c'est là qu'ont été construits les grands téelscopes), on se
raconte les observations par courrier; ci-dessous de William à Caroline.
Tous ces documents sont présentés au lusée Herschel de Bath.
Herschel est aussi celui qui a découvert le rayonnement infrarouge (la chaleur sombre, selon l'appellation qu'il lui donne), en ayant l'idée de mesurer la
température en différents endroits après dispersion de la lumière à
travers un prisme... Y compris au delà des rayons visibles. Ce
rayonnement est devenu aujourd'hui un instrument essentiel de l'analyse
chimique, car il donne à chaque atome une signature unique et permet de
connaître l'empreinte digitale (si l'on ose dire!) de chaque molécule,
qu'il s'agisse d'analyser la finesse d'un grand cru, l'atmosphère d'une exoplanète, ou... celle de la nôtre (contrôle des gaz à effet de serre), grâce à la spectrométrie par transformation de Fourier!
,Dans sa maison-musée à Bath : buste de William Herechel, et le prisme davec lequel il découvrit la "chaleur obscure"
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