Les battements d'un cœur sont, en régime normal, réguliers et
périodiques... donc des candidats naturels à une analyse de Fourier.
Mais dans certains cas d'émotions fortes, il peut y avoir d'importantes
variations. Bien sûr, on peut toujours
calculer
une transformée de Fourier, mais avec quelle pertinence? Un calcul qui
ne fait pas sens est un calcul inutile; or comment retrouver,
inversement, l'aspect
très localisé
d'un bref passage à l'allure chaotique? L'analyse de Fourier, pour
puissante qu'elle soit, a ses limites... sauf si, telle un phénix
mathématique, elle engendre une nouvelle théorie qui prendra en charge
cet aspect.
électrocardiogramme réalisé le 12 avril 1961, pendant un décollage à Baïkonour (Musée des Cosmonautes, Moscou)
Vous aurez sûrement, à la date, reconnu le héros... on a beau avoir des nerfs
d'acier et un entraînement exceptionnel, on peut ne pas tout maîtriser
à l'instant où l'on joue son destin dans une frêle boule au sommet
d'une fusée pour une expérience qu'aucun homme n'a encore tenté...
Alors, pour le plaisir, un petit rappel en images!
Revenons maintenant au bilan critique de l'analyse de Fourier: nul
ne le dresse avec plus de pertinence que l'auteur des lignes qui
suivent. Qui? Quand?
Patientez jusqu'à la citation suivante pour le savoir!
"Pratiquement, pour évaluer le degré de complication d'une fonction intervenant dans un système de transmission, on
procède à son analyse harmonique, c'est-à-dire qu'on la décompose en
composantes sinusoïdales, sous forme de série ou d'intégrale de
Fourier. Une fonction s(t) est ainsi considérée de deux points de vue différents :
a) du premier point de vue, on considère la fonction directement ; à chaque valeur de t est associée une valeur de s;
et la fonction est d'autant plus compliquée que la courbe
représentative exprimant s en fonction de t présente plus de
variations. Dans le cas de signaux acoustiques, ce premier point de vue
est assez difficile à préciser ; dans le cas de signaux
télégraphiques au contraire, constitués par une serie de creneaux
de même largeur et de même hauteur, on voit facilement qu'une fonction
est d'autant plus compliquée que l'on peut loger davantage de créneaux
dans un intervalle de temps donné.
b) du deuxieme point de vue, on considère la fonction comme composée de la superposition de fonctions sinusoïdales,
différant par leur amplitude et leur phase. La fonction est d'autant
plus compliquée qu'elle contient davantage de composantes
sinusodales d'amplitude appréciable. Ce deuxieme point de vue est
intéressant pour l'etude des distorsions ; si, en effet, le signal
est transmis à travers un systeme distorsif qui supprime certaines
composantes sinusoîdales, il y a dans cette déformation une perte
d'information que l'on peut évaluer."
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Ceci posé, il va oser critiquer ce magnifique système. Et d'une
critique simple, de bon sens, qui peut venir à l'esprit de chaque
lecteur de notre page d'introduction musicale...
Dès son début, nous y avions montré comment différencier le timbre de
deux instruments jouant la même note: l'analyse de Fourier mettait en
évidence des spectres différents, c'est à dire des composantes
sinusoïdales différentes, comme le rappellent les imagettes ci-dessus, extraites de cette page.
Mais que va-t-il se passer à l'exécution d'un morceau complet?
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Un Défaut Congénital
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"À
l'audition d'un morceau de musique il n'y a aucun rapport entre
l'impression physiologique éprouvée à un instant donné et
l'amplitude du signal acoustique s considéré : l'oreille ne réagit qu'à une succession de valeurs de s(t).
Mais cela n'entraîne point que la définition de s par ses composantes
sinusodales soit parfaite. Si nous considérons en effet un morceau
contenant plusieurs mesures (ce qui est le moins qu'on puisse demander)
et qu'une note, la par exemple, figure une fois dans le morceau, l'analyse
harmonique nous présentera la frequence correspondante avec une
certaine amplitude et une certaine phase, sans localiser le la dans le
temps. Or, il est evident qu'au cours du morceau il est des instants ou l'on n'entend pas le la.
La representation est néanmoins mathématiquement correcte, parce que
les phases des notes voisines du la la sont agencées de manière à
détruire cette note par interférence lorsqu'on ne l'entend pas et à
la renforcer, également par interférence, lorsqu'on l'entend ; mais
s'il y a dans cette conception une habileté qui honore l'analyse
mathematique, il ne faut pas se dissimuler qu'il y a également une
défiguration de la realite : eneffet, quand on n'entend pas le la, la raison véritable est que le la n'est pas émis."
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La très célèbre fin de l'Art de la Fugue, de J.S. Bach, est comme envahie par le thème formé sur son nom, en notation germanique: B (Si bémol) - A (La) - C (Do) - H (Si bécarre).
Pourtant, à chaque apparition du motif, le A n'est présent qu'une fois sur quatre!
Au fait, pourquoi n'en profiteriez vous pas pour l'écouter? (en suivant la partition, note à note, avec les cellules B.A.C.H.de la fin indiquées? ou juste le contrepoint I avec l'explication de la structure d'une fugue?)
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Jean Ville
(1910-1989), normalien, élève d'Émile Borel, est considéré par Yves
Meyer (qui a tiré ses travaux de l'oubli en se faisant historien de la
théorie des ondelettes, dont on parlera plus loin), comme un pionnier
de l'
analyse temps-fréquence
qui prolonge celle de Fourier. Et que les musiciens pratiquent
naturellement, à la façon d'un Monsieur Jourdain usait de la prose:
pour le dire grossièrement, tant que vous avez des partitions sous les
yeux, le
temps décrit un
axe horizontal (du début à la fin du morceau), et la notation de la musique revient à considérer un
axe des fréquences vertical, puisqu'à chaque
instant on fait entendre la
fréquence d'une note.
le plan temps-fréquence
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L'exemple ci-dessus est simple -comme celui d'un tracé de fonction en
mathématique: une seule hauteur par abcisse de temps.
On peut corser le
jeu, en proposant une dictée musicale à plusieurs voix: la noter, c'est faire une analyse dans le plan temps-fréquence!
Le premier à avoir fait l'analyse temps-fréquence d'un signal
compliqué pourrait donc être, bien avant Gabor, Morlet, Meyer et
Daubechies (dont cette page va vous parler) ... le petit Wolfgang
Amadeus Mozart, alors âgé de 14 ans et reconstituant après deux
auditions seulement la partition du Miserere d'Allegri
dont les papes avaient interdit, un siècle durant, qu'elle fût éditée,
pour leur en garantir l'exclusivité (l'œuvre n'était éxécutée que
durant la semaine sainte). Un peu de science musicale, d'astuce,
d'organisation peuvent faciliter l'exploit, comme l'indique
judicieusement cet article; mais pour nous, qui nous intéressons aux
précurseurs de l'analyse temps-fréquence plus qu'à l'exhibation de
phénomènes de foire, c'est sans importance! Seule compte la date: 1770. (l'écouter par Ars Nova Copenhagen)
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le plan temps-fréquence du Miserere (Wikipedia)
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Du Côté de chez Gabor...
Reprenons le discours de Ville exactement là où nous l'avons laissé: il
va nous présenter lui-même le premier à avoir fait un pas important
dans la généralisation de la décomposition de Fourier:
" Il est donc souhaitable de rechercher pour un signal une définition mixte, du genre de celle préconisée par Gabor: à chaque instant, se présentent un certain nombre de fréquences donnant la hauteur et le timbre
du son tel qu'on l'entend ; à chaque fréquence est associée une
certaine répartition, dans le temps qui définit les intervalles
pendant lesquels la note correspondante est éemise. On est ainsi
conduit a la définition d'un spectre instantané,
fonction du temps, donnant la structure d'un signal à un instant
donné ; le spectre du signal, au sens usuel du terme, qui donne la
structure en frequences du signal pendant toute sa duree d'emission,
s'obtient alors en cumulant tous les spectres instantanés (d'une
manière precise en les integrant relativement au temps). D'une
manière corrélative, on est amené à une répartition des fréquences
dans le temps ; en intégrant ces répartitions, on reconstitue le
signal.
Malheureusement, les choses ne sont pas si simples qu'elles paraissent à premiere vue."
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Vous aurez reconnu, dans la première intégrale, la transformée de
Fourier du signal, et dans la deuxième, sa transformée inverse. Mais
prenons le temps d'aller à la rencontre de Gabor, avant d'étudier
ce qu'il propose: il ne faudrait tout de même pas oublier la vocation de promenade des pages que vous lisez!
De Budapest au Prix Nobel
Voici la maison où est né, le 5 juin 1900,
Dénes Günszberg à Budapest, au 25,
Rippl Rónai Utca, tout près de la bien connue Place des Héros. Deux ans plus tard, la famille changera son nom en Gabor.
La plaque de marbre rappelle les dates de sa vie: 1900-1979, et l'invention qui l'a rendu célèbre et lui a valu le
prix Nobel 1971 (lire sa
conférence), l'
holographie.
C'est d'ailleurs celle-ci qui est mise en avant à la porte de l'autre
maison de la ville où il a passé son enfance: une demi-sphère, pas très
grande, est censée présenter un hologramme. Excellente idée, mais...
est-ce un problème d'entretien (ou plutôt, de manque d'), de
vieillissement... difficile de voir quoi que ce soit dans la boule!
D'ailleurs, le
Mathouriste n'était pas seul à se gratter la tête, car, les Hongrois ayant le sens de l'humour, et la rue s'appelant
Falk Miksa utca...
Une troisième plaque commémorative porte enfin un portrait reconnaissable, à l'entrée de l'immeuble qui abritait le Berzenyi Gymnásium, 18-20 Markó Utcá, où il fit ses études. C'est aujourd"hui une école bilingue nommée Xantus Janos. |
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Gabor a commencé ses études dingénieurs à Budapest, mais les poursuit à
l'Université Technique de Berlin à partir de 1918; il est diplômé
ingénieur en 1924, docteur-ingénieur en 1928: en ce temps là, Berlin
est, pour la physique, le centre du monde... mais, en 1933, il s'exile
à Londres, avant que ses origines juives ne lui vaillent des ennuis.
Londres conserve la mémoire de son habitation grâce à une de ses
rituelles blue plaques. 79 Queen's Gate, Kensington, non loin du superbe Science Museum.
N'hésitez donc pas à faire un petit crochet si vous allez voir ce must
des visites scientifiques! C'est dans cette ville qu'il est décédé, le
8 février 1979. |
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Les Gaborettes entrent en scène
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On remarquera tout d'abord le titre de l'article de Gabor, deux ans avant celui de Shannon:
on sent bien, à travers ce choix, quel était LE problème de l'époque:!
Et Gabor y revient dès son introduction: transmettre l'information dans
les meilleures conditions possibles, et pour cela rechercher une
allocation optimale des fréquences...
Il est également symptomatique de constater qu'il fait référence aux
mêmes prédécesseurs que Shannon: Nyquist (1924), Hartley (1928).
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Pour saisir une portion, sinon instantanée, du moins plus limitée du signal s( t), Gabor a l'idée de le regarder "à travers une fenêtre", dont la forme est donnée par une fonction w( t), qui tend assez vite vers 0 à l'infini -ceci afin de ne retenir, à très peu près, q'une portion du signal à étudier. On la déplacera ensuite le long du signal, d'où le nom de Transformation de Fourier à fenêtre glissante (en Anglais, Short Time Fourier Transform insiste sur l'étude à court terme), en considérant autour de b, s( t). w(t-b). Souvenez-vous (ou retournez voir...): c'est exactement ce que fait Fourier dans son ultime preuve de la formule d'inversion de sa transformée! Gabor choisit l'archétype du genre, la fameuse courbe en cloche de Gauss:
w(t) = e -αt²
Ainsi, au voisinage de 0, le signal sera analysé avec les fonctions
e -αt².cos nt, e -αt².sin nt
et au voisinage d'un temps b quelqonque, avec les fonctions
e -α(t-b)².cos nt, e -α(t-b)².sin nt
ou plus généralement
w(t - b).cos nt, w(t - b).sin nt
Comme on peut le voir ci-contre, "l'enveloppe" w se déplace le long de l'axe temporel, invariante dans sa forme, et que l'on remplit avec plus ou moins d'oscillations.
Autre façon de le dire: au voisinage du point central de la fenêtre b, on substitue à la transformée de Fourier du signal s( t), celle de s( t). w(t-b), et on considère toute la collection de ces transformées quand b varie. D'où, en posant
wλ,b (t) = w(t - b) . e iλt
la formule de la transformée de Gabor de s :
Cette formule est donc analogue à celle de la transformée de Fourier, qu'elle généralise (c'est le cas w=1 !); à deux différences près:
- la présence du terme "d'enfenestration" (si l'on ose dire) autour de b;
- la dépendance vis à vis de deux paramètres, temps (b) et fréquence (λ); ainsi l'analyse en fréquences a bien cédé la place à une analyse temps-fréquence, la première du genre!
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translater
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p
l
u
s
d'
o
s
c
i
l
l
a
t
i
o
n
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Les "gaborettes" dans le texte original.
au centre, Gabor reconstruit une sinusoïde pure à l'aide de ses fonctions, que l'on voit "glisser" le long du signal.
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le plan temps-fréquence dans le texte de Gabor.
Noter qu'il représente la fréquence en abcisse, le temps en ordonnée; la convention actuelle est plutôt l'inverse.
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Tout cela doit s'accompagner, comme dans le cas de la transformation de
Fourier, d'une formule de reconstruction du signal à partir de la
transformée.;; et ça marche!
On n'en sera pas trop surpris: sous de bonnes hypothèses, le signal
peut être reconstruit à partir des fréquences seules, par la formule
d'inversion de Fourier. Or, on a ici un paramètre de plus,
b,
en sorte que l'information obtenue par la transformée de Gabor est,
très certainement, redondante. Et cette formule n'a rien
d'enthousiasmant pour une reconstruction numérique rapide...
Gabor en était bien conscient, qui pensait pouvoir se restreindre à une famille dénombrable
wm,n (t) = w(t - bn) . e icmt
correspondant à son pavage du plan temps-fréquence, et débouchant sur
une formule de reconstruction du type série de Fourier -mais avec un
double
Σ .
L'idée était de choisir un "bon réglage" des paramètres
b et
c;
malheureusement, on passait sans transition d'un système redondant à un
système ne permettant pas de représenter tous les signaux.
L'emploi de la gaussienne n'a rien d'obligatoire, et certains successeurs essaieront
d'autres choix.On pourrait d'ailleurs se dire: mais pourquoi pas un
simple créneau, une fenêtre bien rectangulaire... comme dans les maisons?
Il y a une raison technique: la brusque discontinuité ainsi occasionnée
produirait d''importants "parasites" dans le spectre (on parle alors
d'artefacts), ce qui irait évidemment à l'encontre du but poursuivi. Il
y a intérêt à ce que la fonction de fenêtrage possède une bonne
régularité.
[ Lire
l'article de Gabor: Theory of Communication en entier ]
Un Petit Tour en Ville
Cité en introduction, Jean Ville est lui aussi, en 1947 (il date son
article du 01/09/1947, mais il paraît en 1948), à la recherche d'une
analyse temps-fréquence d'un signal; son résumé introductif l'annonce
sans ambiguïté
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Il définit une densité p ( t, f) pour l''énergie du signal, puis sa transformée de Fourier ( fonction caractéristique, au sens des probabilités), F ( u, v). Son but est d'exprimer F à l'aide du signal temporel Ψ( t) .
En s'inspirant de la modulation de fréquence pour définir la fréquence instantanée d'un signal,
il parvient à deux formules qui ne le satisfont pas (incohérentes avec
la conjugaison); c'est alors qu'il imagine une moyenne géométrique des
intégrandes pour parvenir à ceci:
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Il vient de définir ce qu'on appelle la
transformée de Wigner-Ville.
Si elle répond à son programme et se montre expérimentalement efficace
pour l'analyse des signaux brefs, elle souffre d'un gros handicap par
rapport aux transformées de Fourier er de Gabor:
elle n'est plus linéaire, puisque la fonction transformée figure deux fois, en produit, sous le signe intégrale!
Mais au fait, ce Wigner... mais oui, bien sûr, c'est le physicien
Eugene Wigner (1902-1995), prix Nobel de Physique 1963 et auteur de la célèbre formule:
"la déraisonnable efficacité des mathématiques"
(titre d'un essai de quelques pages). Son sujet de prédilection était
la physique quantique, mais elle l'avait amené à la même formule, d'où
le nom partagé. Lui aussi était né à Budapest, et pour aller du centre
ville aux demeures de Gabor... on passe devant!
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76, Kiraly Utca (Budapest): maison natale d'Eugene Wigner
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N.B.: il est facile, en une seule
après-midi, de refermer le triangle des maisons natales des grands
scientifiques de la ville en passant devant cellle de... John Von
Neumann! Histoire de se convaincre du bien fondé de cet échange sur les
extraterrestres à Los Alamos, un des "dadas" de Fermi.. Faut-il
préciser que
Leo Szilard était, lui aussi, d'origine hongroise, exilé depuis 1933?
Enrico FERMI - S'ils sont partout, où sont-ils ? Pourquoi n'avons-nous trouvé aucune trace de vie
extraterrestre intelligente ?
Leo SZILARD - Ils
sont déjà parmi nous, mais ils se font appeler les Hongrois!
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De Morlet (1982) au Prix Abel (2017): le Triomphe des Ondelettes
Le pétrole! Symbole à lui tout seul de la réussite made in U.S.A... En échange du rêve, que ne ferait-on pas pour en trouver?
All right, commençons par le rêve...
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Motel Lorraine, Memphis (Tennesse)
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Graceland, Musée Elvis Presley, Memphis (Tennesse) |
MoMA, New York: Edward Hopper, Gas
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Morlet dans la Tourmente
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En 1983, Elf, alors société d'état, se trouvait dans la tourmente de la révélation médiatique (merci, comme souvent, au Canard Enchaîné) d'une escroquerie de grande ampleur, la tristement célèbre affaire des avions renifleurs.
N'étaient les millions gaspillés (ceux des contribuables, mais c'est
sans doute accessoire... et puis, c'est une habitude, non?), l'affaire
avait des côtés cocasses: les escrocs, prétendant avoir mis au point un
dispositif repérant depuis le ciel des gisements de pétrole, avaient
dupé entre 1975 et 1979, non seulement les plus hauts dirigeants de
l'entreprise, mais un président de la République ancien polytechnicien
et un premier ministre réputé "meilleur économiste de France". Deux chocs pétroliers (1973: guerre du Kippour et menace d'embargo des
pays arabes; 1979: Révolution Iranienne) avaient fait baisser la garde
aux plus méfiants: il fallait trouver, et vite, de nouveaux gisements
moins sensibles du point de vue de la géopolitique...
Le moment était-il bien choisi pour proposer des camions-vibrateurs?
camion vibrateur: la partie marteau, entre les roues, envoie des secousses ryhtmées dont on mesure les ondes réfléchies.
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La technique existait déjà depuis les années 1960, et reposait sur un principe simple: des couches géologiques différentes réagissent différemment à des ondes faisant vibrer le sol. Il n'y avait donc plus qu'à analyser le faisceau d'ondes réfléchies et le "faire parler" pour connaître les zones où la probabilité de présence d'hydrocarbures était la plus forte.
" Pierre Goupillaud, collègue et ami de Morlet, était lui aussi un
ingénieur français, ancien élève de l'École des Mines. Il s'expatria aux
États-Unis et travailla pour la compagnie pétrolière Conoco
(aujourd'hui ConocoPhillips), dans le secteur de la géophysique.
Goupillaud suggéra d'envoyer dans le sous-sol une vibration, courte et
modulée en fréquence, au lieu de faire exploser des charges. L'énergie
dépensée et les dégâts occasionnés sont alors réduits. Ce même principe
est utilisé par le sonar de la chauve-souris. La vibrosismique était
née."
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Jean Morlet (1931-2007),
en 2001
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Une technique plus... terre à terre, plus longue bien sûr (ce qui a dû
favoriser le potentiel de séduction d'une solution aérienne). Ancien
polytechnicien, ingénieur chez Elf, Jean Morlet travaillait sur l'analyse des données recueillies. Car la réalité était nettement plus compliquée
que le principe: si les charmants petits schémas explicatifs se limitent à 2 ou 3
couches, il y en avait au moins une centaine dans chaque portion de sol
étudié; sans doute l'information cherchée était-elle dans les
signaux reçus, mais presque aussi bien enfouie que le pétrole dans le
sol!
Yves Meyer aime à rappeler que les 15 nuits de 1986 où des camoins
vibrateurs ont sillonné Paris ont donné lieu à une année entière de
travail d'exploitation des données... Mais Morlet avait une idée pour
atttaquer le problème: |
" Toute sa vie Jean Morlet fut un grand admirateur de Dennis Gabor,
père de l’holographie et de la transformée de Fourier à fenêtre
glissante (de forme gaussienne), encore appelée « transformée de Gabor
». Jean Morlet utilisait beaucoup celle-ci et en connaissait bien les avantages mais aussi les limites
quand on souhaite analyser des signaux hautement instationnaires, tels
les explosions ou les chocs émis par les camions-vibrateurs utilisés en
sismique-réflexion pour sonder la structure du sous-sol."
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Ainsi la sismique, après avoir donné un sérieux coup de pouce à la naissance de la F.F.T. (si vous avez oublié... revoyez
notre page dédiée!),
allait contribuer à ouvrir un nouveau chapitre de l'analyse harmonique.
En connaisseur des méthodes de Gabor, Morlet formula une critique à
leur encontre: la forme de l'enveloppe restait immuable. Selon lui, il
fallait plutôt disposer d'une enveloppe plus ou moins grande, selon la
briéveté ou la longueur de la transitoire à représenter sans une
portion du signal.
- Il garda donc l'idée de la translation, et celle d'une
fonction analysante d'aire nulle, oscillant et tendant
rapridement vers 0 à l'infini.
- Mais aux oscillations de plus en plus rapides, il substitua l'idée de dilatation ou de compression dans la direction horizontale. Autrement dit, le même nombre d'oscillations, mais plus ou moins étirées.
Il créa donc une "petite onde", ou
ondelette dont toutes se déduiraient:
l'ondelette-mère. Une bonne candidate se trouvait chez Gabor, en fixant à son goût l'oscillation:
ψ(t) = e -t²/2. cos 5t
Pour la placer au voisinage de
b, on forme
ψ(t - b); pour la dilater, on divise l'argument par un facteur a et l'on a toute la famille d'ondelettes
ou plutôt
Le
facteur de normalisation placé devant n'est qu'une commodité de
normalisation (sans importance pour la compréhension de l'idée). a>1 dilate l'ondelette, tandis que a<1
la,contracte. Tout le monde peut comprendre un principe aussi simple:
il suffit de regarder... attention, pas n'importe qui!
|
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Comparaison entre les deux types de fonctions:
* les gaborettes, à enveloppe fixe, ont de plus en plus d'oscillations intérieures;
* les ondelettes, compressées ou dilatées, conservent le même nombre d'oscillation (la même forme)
Image empruntée à cette présentation
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Astor Piazzolla à Nice-Cimiez (12/7/1986, 18h).
et pour être sûr de bien comprendre ... pourquoi pas un Live à Montréal en 1984?
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Comme chez Gabor, d'autres fonctions peuvent être utilisées, et, très
rapidement, on vit les propositions (intéressantes!) se multiplier. Les
formules d'analyse donnant les "coefficients d'ondelettes" sont
une simple généralisation de celles qui donnent les "coefficients de
Gabor"
La reconstruction à l'aide d'une intégrale double reste tout aussi
faisable, sous de bonnes hypothèses, mais elle n'intéressait guère
Morlet, en raison de la lourdeur numérique qu'elle promettait -le
problème a été soulevé dans le cas de Gabor. Il était donc
à la recherche d'une reconstruction par sommation en série, analogue à celle des séries de Fourier:
avec l' idée plus précise qu'une "grille" de pas 2
m,
m
entier relatif, devait suffire. Un choix obtenu par tâtonnements, mais
sous l'influence forte de la règle d'échantillonnage de Shannon!
N.B.: ce sont les
ψa , b précédentes, avec
a = 2
m,
b =
n,
les indices ont été modifiés pour alléger; et l'on a écrit les
coefficients sous forme de produits scalaires pour maintenir
l'analogie la plus forte possible.
Mais tenait-on là une
base orthogonale, susceptible -c'est évidemment essentiel- de
représenter tous les signaux? Morlet,
encouragé par ses essais numériques, l'espérait, sans en être
pleinement sûr. Il fut d'emblée soutenu par son camarade de promotion
Roger Balian (physicien): à sa demande d'aide, Balian répondit par...
une bonne adresse. Quant à Elf...
Grossmann et Morlet, au CIRM (Marseille) en 1991
( source de l'image)
|
" Parallèlement donc, quand Morlet présenta ses travaux à Elf, il lui fut
répondu : " Si c'était vrai, ça se saurait. " On peut dire aujourd'hui
que les ondelettes ont paradoxalement bénéficié de cette sentence.
Morlet dut alors prendre contact avec la communauté scientifique pour
présenter et publier ses découvertes. Le physicien Roger Balian,
qui était un des camarades de promotion de Morlet, l'orienta vers
Alexander Grossmann, directeur de recherches au CNRS, qui travaillait à
Marseille-Luminy au Centre de physique théorique. Grossmann fut patient,
subtil et comprit ce que Morlet avait en tête. Écouter Morlet n'était
certainement pas une tâche aisée, tant ses idées étaient originales,
allusives, approximatives et souvent exagérément optimistes. Mais
discuter avec lui était, en fait, très agréable, tant il était doux,
sensible, courtois et tant ses vues étaient pénétrantes. [...] Grâce à la
clairvoyance de Grossmann, les résultats de Morlet ont pu être publiés
en 1984 dans une revue scientifique ayant une diffusion internationale."
|
Elf, mal remise du traumatisme renifleur, était passée de l'excès de confiance à l'excès de méfiance :
"Jusqu'à aujourd'hui la seule récompense que lui ont value sa
persévérance et sa créativité dans la mise au point de cet outil
extraordinaire fut une mise à la retraite anticipée d'Elf! "
P. Goupillaud, cité par Y. Meyer
|
"Morlet était
désespéré, car il était congédié au moment même où son travail de
chercheur débouchait sur une découverte révolutionnaire. Plus de dix ans
après cette mise à la retraite, Morlet obtint en 1997 le prix Reginald
Fessenden de la Société américaine de géophysique."
|
20 ans plus tard encore, quelqu'un chez Total (à qui Elf est maintenant rattachée) a
rendu hommage à ce génial créateur...
L'Envol
Formé à l'Analyse harmonique (
"les séries trigonométriques, mes premières amours en maths"),
Yves Meyer était le mathématicien de la
situation. Il sut, pour commencer, tirer parti d'un fléau, la queue à
la photocopieuse... c'est dire ses dispositions!
"Jean Lascoux, directeur du centre de physique mathématique de l'École
polytechnique me montra, à l'automne 1984, ce premier texte sur les
ondelettes. La photocopieuse que mathématiciens et physiciens
partageaient étant située dans une petite pièce, j'attendais que Lascoux
terminât ses photocopies en discutant avec lui : c'est suite à ces
conversations autour de la photocopieuse que débutèrent mes recherches
sur les ondelettes. Je pris le train pour Marseille et rejoignis ainsi
le " Club des ondelettistes ". "
|
Meyer pensait qu'il n'y avait pas d'ondelettes orthogonales et
indéfiniment dérivables: il essaya donc de le démontrer et, en
échoaunt, construisit contre son gré la première du genre! Il fut
bientôt rejoint par Ingrid Daubechies qui donna des moyens
algorithmiques performants d'en construire beaucoup, notamment "à
support compact", c'est à dire nulles hors d'un intervalle donné -un
rêve d'abord considéré comme inaccessible. Puis
Stéphane
Mallat apporta un virage essentiel en les appliquant à l'analyse
d'images,
ou, plus exactement, en unifiant des approches séparées de domaines
jusque là "étanches" ; le témoignage d'Yves Meyer est, une nouvelle
fois, plein d'intérêt:
|
"Au
début, j'ai travaillé sur le parallèle entre les ondelettes et la
multirésolution utilisée dans le traitement de l'image. C'est pourquoi
j'ai contacté Yves Meyer. Son propre chemin l'avait conduit vers la
même idée; c'est pourquoi tout est allé très vite quand nous nous
sommes rencontrés."
S. Mallat
"C'était
une idée complètement nouvelle. Les mathématiciens restaient dans leur
coin, les spécialistes du signal dans le leur, les chercheurs en
vision, comme David Marr au MIT se tenaient dans un autre coin; puis un jeune homme de 23 ans est venu dire:
« Vous faites tous la même chose, vous devez avoir une perspective plus large et regarder vos travaux avec plus de recul.»
On attendrait cela d'un homme mûr! "
Y. Meyer tous deux , cités par Barbara Burke-Hubbard, Ondes et Ondelettes
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ci-contre, la première page de l'article séminal (1989) de Mallat.
Il est issu d'un travail commun avec Meyer, mais ce dernier, estimant
n'avoir apporté qu'une aide technique alors que toutes les idées
revenaient à Mallat, insista pour qu'il signe seul l'article.
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En à peine 15 ans furent obtenus à la fois des résultats
mathématiques fouillés et des algorithmes efficaces, dont une F.W.T,
Fast Wavelet Transform,
prête à prendre le relais de la F.F.T. dans les applications. Quant à
Stéphane Mallat, il a écrit un livre de référence (voir la
bibliographie) et assure au Collège de France un
cours sur les Approximations parcimonieuses (2020/21) dont les ondelettes sont les vedettes; ce cours est
entièrement disponible en ligne sous formes d'une collections de vidéos, chacune pour un chapitre (durée 1h30).
Quelques Idées sur l'Efficacité des Ondelettes (en compagnie de Stéphane Mallat)
Comment ça marche? Pourquoi ça marche? L'objet de nos pages n'est pas
de faire un cours sur les ondelettes, mais puisqu'il y est de coutume
de mettre les mathématiques en images... pourquoi ne pas en extraire
quelques unes, particulièrement évocatrices, du cours de Stéphane
Mallat que nous venons d'évoquer. D'ailleurs, notre code couleur
habituel vous l'indique,
vous pouvez sauter si ça ne vous dit rien, et poursuivre sans encombre. Mais que risquez vous à y jeter un œil? BVous y trouverez plus de "petits mickeys" que de formules...
Un peu de technique... mais "en visuel"!
Le problème, il suffit d'un geste pour le poser. Après
avoir dessiné un signal (une fonction du temps), et en dessous une
ondelette à une certaine échelle, Mallat, d'un mouvement de gauche à
droite, déplace virtuellement l'ondelette et nous demande :
qu'adviendra-t-il de la taille des coefficients correspondants selon sa
place?.
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Son tracé n'est pas si "au
hasard" que sa rapidité pourrait le laisser croire -elle n'est dûe qu'à
l'habitude. L'orateur a pris soin d'inclure des sauts de discontinuité
(à gauche), puis un "pic" (fonction continue non dérivable, à l'exemple
de la racine cubique), puis une zone nettement plus hérissée (comme un
cours de bourse, ou tout autre objet à apparence aléatoire)
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Deux propriété essentielles de l'ondelette vont inervenir ici:
- elle est à support limité: nulle ou très petite hors d'un intervalle (de plus en plus petit avec l'écjhelle),
- son intégrale est nulle: l'aire au dessus de l'axe est égale à l'aire au dessous; algébriquement elles se compensent exactement.
Lorsque l'ondelette se trouve dans une zone où la fonction est très
régulière, comme ci-contre, la fonction y diffère peu d'une constante C.
Le coefficient d'ondelette, qui intègre la fonction "contre"
l'ondelette diffère alors peu du produit par C de l'intégrale de
l'ondelette... donc est presque nul -en tout cas, très petit.
où (rappel)
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Encore mieux: on sait qu'une fonction régulière est localement approchée par un polynôme: c'est la formule de Taylor.
x(t0 + h) = Pm(h) + hm ε(h)
L'ondelette est construite pour que non seulement l'intégrale de ψ(t), mais aussi celle de plusieurs ψ(t) tk
, k ≤ m, soit nulle ( m dépend de l'ondelette choisie)
,
de façon à ce que la partie polynômiale (en tout cas jusqu'au degré m) ait une
contribution nulle au coefficient d'ondelette. Ce qui assure le
résultat précédent de manière encore plus fine!
Par contre, dans une zone
où la fonction est plus "turbulente" -ci-contre, , une discontinuité, l'argument
précédent ne s'applique plus, et le coefficient d'ondelette a toutes
chances d'être plus important.
Dans le plan temps-échelle des (u,s),
une singularité va impacter les coefficients dans une sorte de cône,
indiqué sommairement par l'orateur au tableau, qui apparaît très
concrètement dans un ensemble calculé par ordinateur: sur la figure, la
taille des coerfficients est indiquée par sa couleur :
- le gris pâle est le niveau zéro
(ou presque nul): c'est le cas de la position repérée par la
deuxième croix en partant de la gauche: l'ondelette, en bleu, est
mise contre une partie très régulière.
- le noir correspond aux coefficients positifs
(d'autant plus sombre que la valeur est grande). C'est ce qui arrive à
la croix la plus à gauche, car l'ondelette est positionnée sur la
singularité.
- le blanc correspond aux coefficients négatifs (d'autant plus clair que le coefficient est grand en valeur absolue). C'est le cas pour les 3ème et 4ème croix, à droite.
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Remarquer la partie très hérissée de droite de la fonction: du coup, de très nombreux cônes apparaissent dans le plan des (u,s). |
Maintenant, il est temps de nous souvenir: en déplaçant sa fenêtre le long du signal, Gabor imitait Fourier dans son ultime preuve de la formule d'inversion de sa transformée; les ondelettistes imitent Gabor qui imitait Fourier (à moins qu'ils n'imitent ... directement Fourier!) . La "fenêtre" court toujours le long de la courbe (selon la coordonnée u), mais, grâce à la nouvelle possibilité: compression/dilatation, on analyse le signal à diverses échelles. En
racourcissant le support, la compression permet une localisation fine
des accidents tout en impactant très peu de coefficients.
Et lorsqu'on passe à une base orthonormale d'ondelettes -comme celle
qu'avait "pressenti" Morlet sans en faire la preuve formelle?
La "grille" de pas 2m, mentier
relatif, "espace" les points du domaine temps-fréquence en même temps
que les cônes s'élargissent. De cette façon, ce sont assez peu de
coefficients qui seront "grands" -en tout ccas non-négligeables- et que l'on souhaitera garder pour une approximation qui conjuguera qualité
(puisqu'on ne coupe que des composantes peu importantes) et parcimonie
(garder le moins de termes possible), alors que ces deux objectifs sont
a priori antagonistes: les ondelettes sont l'outil du meilleur
compromis!
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coefficients d'ondelettes dans le plan temps-fréquence:
très peu sont importants en valeur absolue
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Dans les deux figures (ordinateur ou au tableau) les croix représentes les coefficients d'ondelette sur la base choisie.
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La
figure de gauche met en évidence les coefficients d'ondelettes
essentiels avec un tracé sommaire des cônes d'influence des
irrégularités de la fonction.
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Derrière Stéphane Mallat, tracé par lui au tableau, le triangle autour duquel il a bâti ce cours 2020-21 au Collège de France:
Régularité - Approximation - Parcimonie
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Après avoir évoqué ci-dessus la relation entre régularité et parcimonie, envisageons à présent la question sous l'angle: approximation et parcimonie.
L'approximation d'une
fonction qui s'exprime exactement par une série consiste à la remplacer
par une somme finie, en général une somme partielle de la série. Dans le cas des séries trigonométriques, l'opération correspond à un filtrage (abrupt!) du signal: on élimine les hautes fréquences.
L'antique téléphone analogique coupait les fréquences supérieures à
3400Hz, alors que l'oreille humaine perçoit jusqu'à 16000 Hz, parfois
20000Hz.... ce qui n'en faisait pas un outil idéal pour transmettre de
la musique!
En outre, cette troncature provoque, près des discontinuités, des oscillations parasites, connues sous le nom de phénomène
de Gibbs.
Ce qui conduit à chercher si l'on ne pourrait pas, en gardant à peu
près le même nombre de coefficients pour encoder un signal, garder
mieux en conservant, non les premiers qui se présentent, mais les plus
importants en valeur: c'est ce que vont résoudre les ondelettes orthogonales.
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Et voici le résultat: en gardant les seuls coefficients d'ondelette qui
dépassent un seuil fixé, on réalise une approximation bien plus proche
du signal d'origine, et dont les oscillations de Gibbs ( en trouge sur
la reconstitution par Fourier) ont totalement disparu ( en vert
sur la figure).
Mais attention! Si la qualité d'approximation est meilleure, cela ne
veut pas dire que l'analyse de Fourier est ringarde et dépassée. On ne
s'étendra pas sur des démonstrations nécessairement beaucoup plus
techniques (niveau Master), mais il faut bien garder à l'esprit que toutes les preuves, constructions d'ondelettes de tel ou tel type... font un usage intensif de la transformation de Fourier!
Tout en vous présentant quelques propriétés remarqubles, ces lignes se veulent avant tout une invitation à suivre ce magnifique cours en ligne (un bon niveau de base L2 est conseillé comme acquis préalable). À sa première séance, Stéphane Mallat a placé, en exergue, le principe du rasoir d'Ockham:
Pluralitas non est ponenda sine necessitate (les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité)
mais, bien sûr, la science en général, et lesMathématiques tout particulièrement, n'ont pas attendu ce théologien anglais du XIV ème siècle pour l'appliquer: en se demandant -et en demandant à des siècles de sa postérité- si son cinquième postulat (dit "postulat des parallèles") ne pouvait pas être supprimé en le démontrant à partir des quatre premiers, Euclide posait déjà un principe de parcimonie, énoncé un peu avant par Aristote en Physique.
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Des Ondelettes partout!
Les mots de Cédric Villani par lesquels s'ouvre
notre page sur la FFT pourraient aisément se trouver ici paraphrasé en:
"Et
les ondelettes servent à tout! ".
Les Gros Soucis du F.B.I.
Le village ensoleillé de Hvar, dans l'île éponyme, en Croatie. Sur une
maison de pierre, une plaque en souvenir de celui qui est né ici
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la maison natale, et la première empreinte à avoir confondu un criminel (en l'occurrence une)
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Ivan Vucetic, né en Autriche-Hongrie, mais naturalisé argention à 22 ans, fut le premier à affirmer que
chaque personne était caractérisée par ses empreintes digitales,
et proposa une méthode de classement. Son système fit la preuve de son
efficacité en 1892: une femme soupçonnée d'homicide fut
confondue par ses empreintes
(ci-dessus). Il fut reconnu par l'Académie des Sciences de Paris en
1907, et les services de police et d'identité de tous les pays
l'adoptèrent.
exemple: la fiche d'un petit délinquant
(le nom est inscrit en haut et à gauche)
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Dans les années 1990, le F.B.I. décida de numériser sa banque d'empreintes. Soit environ 200 millions de fiches cartonnées,
à numériser au taux de 500 points par pouce en 8 niveaux de gris, ce
qui représentait a priori 10 Mo par fiche. L'archive brute aurait alors
eu un volume de 2000 To; en ce temps-là, on prenait encore pour "unité
de stockage" la disquette de 1,5 Mo... et, bien sûr, il arrivait tous
les jours de nouvelles fiches!
Quant à la compression, elle était alors effectuée par la méthode JPEG,
qui se révélait insuffisante: une compression efficace altérait trop
certains détails de ces images à la complexité très particulières... Ce
sont les ondelettes qui apportèrent la solution, et ce fut leur première utilisation en traitement de l'image! L'exemple ci-dessous
(que l'on trouve dans l'article de Brislawn) montre que l'on peut
réaliser (à même rapport de compression) un gain substantiel par
rapport à l'image d'origine; mais à taille égale, la compression par
ondelettes fournit une meilleure qualité (la question nest pas la
perfection de l'image, mais la possibilité de reconnaissance avec la
sûreté maximale)
Original
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Compressé par JPEG
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Compressé par ondelettes
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590 Ko
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45 Ko |
45 Ko |
Détails dans l'article de C.Brislawn, Fingerprints go Digital ou dans cee autre, qu'il a co-écrit avec J. Bradley. .
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J.P.E.G. 2000
Créé en l'an 2000 pour remplacer le "vieux" standard JPEG lancé en 1992
(qui fait de la résistance dans nos appareils photos...),
JPEG 2000
remplace la DCT par une compression à bases d'ondelettes; c'est
donc une application dans le même domaine et le même esprit que la
précédente.
En la présentant après, nous ne faisons que respecter leur ordre historique d'appartition!
À titre d'exemple, nous empruntons à
cette page (EPFL, Lausanne) ces images les taux choisis sont volontairement "brutaux" afin de bien faire saisir les différences:
Taux de compression
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JPEG
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JPEG 2000
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très elevé
86:1
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elevé
41:1 |
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N.B. : les effets de "crénelage" de l'approximation JPEG (c'est à dire, par transformation de Fourier) sont les
analogues exacts, en dimension 2, du phénomène de Gibbs
pour un signal à une variable. La comparaison entre les deux types
d'images est donc similaire à ce que faisait voir Stéphane Mallat dans
l'encadré ci-dessus, lorsqu'il comparait les approximations par somme
partielle de Fourier et par somme d'ondelettes après seuillage des
coeefficients..
El Niño
Ce courant chaud
qui affecte les côtes péruviennes (avec d'importantes conséquences pour
la pêche, car il éloigne les bancs de poissons) n'a commencé à faire
l'objet d'études approfondies qu'à la fin du XX
ème siècle.
Il est connu pour avoir des périodicités empiriquement évaluées à 2 et
7 ans, mais l'analyse statistique des températures de surface en mer ne
tirait rien de probant; les résultats avec des transformées de Fourier
à fenêtre glissante avaient tendance à dépendre... du choix du type de
fenêtre! Les chercheurs ont commencé à y voir plus clair en analysant
les données avec les ondelettes de Morlet: il ne s'agit pas ici de
reconstruire le signal, seulement d'étudier la répartition des
puissances des différents "composants", mal recensés.
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historique des températures de surface
| transformation en ondelettes de Morlet
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(source: cet article)
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L'analyse en ondelettes y montre notamment
que les périodes 2 et 7 ont été beaucoup plus marquées aus deux fins de
siècle que dans la période intermédiaire; une périodicité "secondaire"
16 apparait également. Voir aussi
cet article.
À la Découverte des Ondes Gravitationnelles
Le 14 Septembre 2015, à 11.51 (temps universel), les deux détecteurs du dispositif LIGO (page bien plus précise en Anglais!), l'un en Louisiane, l'autre en Californie) enregistrèrent la trace d'un évènement qui s'était produit long ago and far away, comme on dit aux USA: la collision de deux trous noirs, à 1.3 milliard d'années lumières de notre belle planète. (Vidéos explicatives sur le site: Culture Science Physique). Pourquoi deux détecteurs, et si éloignés? Pour essayer de retrouver, par sa forme, le même infime signal noyé dans un bruit qui lui était mille fois supérieur.
L'éloignement décale son signal: si on trouve la même chose aux deux
endroits, à deux moments différents, cela ne peut être fortuit! La
précaution n'a rien d'un luxe: selon les spécialistes, de nombreux
signaux "fortuits", qui n'ont rien à voir, dont certains purement numériques
(i.e. sans source physique!) se feraient bien passer pour l'évènement
tant attendu... Des détecteurs qui, soit dit en passant, sont des interféromètres, ces engins qui fricotent si volontiers avec l'optique de Fourier!
localisation des détecteurs
(source; LIGO, sur Wikipedia)
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principe d'un interféromètre LIGO
(source: cette présentation; site du Prix Nobel)
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Einstein avait prévu l'existence de ces ondes dans sa relativité
générale (1916), mais personne n'avait pu en observer. Ces ondes ne sont pas
des ondes électromagnétiques: la déformation de l'espace-temps
engendrée va agir sur les immenses bras de l'interféromètre, donc sera
détectée par un moyen détourné. D'ailleurs, si le dispositif est de
nature à apprendre que l'évènement a eu lieu, il ne permet pas de
savoir où! La mise à niveau (en sensibilité de détection) du
laboratoire européeen VIRGO
en fera un troisième détecteur sensible à de telles ondes; on pourra
alors, à une prochaine manifestation, connaître le lieu par
triangulation. (Si vous voulez en savoir plus sur la physique du
phénomène et la détection, nous vous conseillons une excellente conférence de Thibault Damour, à Nantes, en 2016 -peu après l'annonce de la détection)
Le signal à détecter (d'une fraction de seconde seulement, et bien plus faible que le bruit ambiant) est un chirp. Après la musique des sphères, chère à Képler, le gazouillis des trous noirs!
Vous pouvez entendre un exemple sonore sur
Wikipedia, mais puisqu'il s'agit, au fond, d'un glissement continu de
la fréquence, c'est à dire, musicalement, d'un
glissando, prenez donc un exemple infiniment plus agréable: la célébrissime introduction, à la clarinette, de la
Rhapsody in Blue de
George Gerschwin! Et puisque 2017, c'est le prix Abel, mais 2018, le
centenaire de Leonard Bernstein, faites une pause dans le plan
temps-fréquence avec
cette vidéo! (NewYork Philharmonic, 1976)
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Buste d'Albert Einstein, sur sa maison à Prague.
C'est là qu'il écrrivit les brouillons de la Relativité Générale.
| Sergueï Klimenko
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Le physicien Sergueï Klimenko a mis au point
l'algorithme de détection victorieux, directement dérivé d'un
algorithme de Stéphane Jaffard, élève d'Yves Meyer.
"La beauté et l'unité de la Science, c'est que ce sont les mêmes outils mathématiques qu'il a employés et qui sont utilisées tous les jours dans votre téléphone portable: les ondelettes temps-fréquence pour
la compression du signal en MP3. N'en déduisez quand même pas que vous
pouvez écouter la musique des ondes gravitationnelles sur votre
téléphone portable, ce serait trop simple!"
Y. Meyer, Confèrence du Prix Abel 2017
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Et pour en savoir plus de la bouche, suivez sa conférence à l'Université de Nantes, (2017):
Ondes Gravitationnelles et Musique des Sphères, ainsi que sa conférence du prix Abel (ci-dessous)
Le Triomphe
En 2017 ont à la fois été attribués le
Prix Nobel de Physique à pour la détection des ondes gravitationnelles et le
Prix Abel à Yves Meyer "pour son rôle pivot dans le développement de la théorie mathématique des ondelettes". La presse, dans son ensemble, a donné à l'évènement un large écho, tant mieux! Voire même mis l'évènement à la une!
(peut-être le moment est-il opportun pour s'interroger sur ce curieux
miroir déformant qu'est la presse: à la une, un évènement de portée
mondiale, face à un vaudeville franco-français; une date gravée dans
l'histoire des sciences, face à un remous oublié dans la quinzaine; un
homme dont on se souviendra toujours et un quasi-inconnu... enfin, si
c'est
"pour emballer les poireaux le lendemain", comme la dit un autre grand homme...)
Yves Meyer, à la une du Monde (le, 22/03/2017)
Le succès le plus récent des ondelettes était justement leur
contribution à la découverte des ondes gravitationnelles, et ce fut le
thème par lequel Yves Meyer ouvrit longuement sa conférence de
remerciement. Oui, longuement, au point que le Roi de Norvège, à qui il
avait donné la veille quelques explications sur ses travaux, lui avait
déclaré:
"Mais vous plaisantez! Vous êtes récompensé en tant que mathématicien, et vous me parlez en physicien!"
C'est que rien n'illustrait mieux cette
unité de la science si chère à Fourier:
sans la théorie mathématique des ondelettes, pas de détection des ondes
gravitationnelles! L'hommage au père fondateur s'est fait encore
plus vibrant par la reprise explicite d'une phrase énigmatiquement
prophétique de la célébrissime préface:
"Si
la matière nous échappe comme celle de l'air et de la lumière par son
extrême ténuité, si les corps sont placés loin de nous, dans
l'immensité de l'espace, si l'homme veut connaître le spectacle des
cieux pour des époques successives que sépare un grand nombre de
siècles, si les actions de la gravité et de la chaleur s'exercent dans l'intérieur du globe solide à des profondeurs qui seront toujours inaccessibles, l'analyse mathématique peut encore saisir les lois de ces phénomènes. Elle nous les rend présents et mesurables, et semble être une faculté de la raison humaine destinée à suppléer la brièveté de la vie et l'imperfection des sens; et ce qui est plus
remarquable encore, elle suit la même marche dans l'étude de tous les
phénomènes; elle les interprète par le même langage, comme pour
attester l'unité et la simplicité du plan de l'univers, et rendre encore plus manifeste cet ordre immuable qui préside à toutes les causes naturelles.. "
Fourier, Discours Préliminaire à la Théorie Analytique de
la Chaleur (1822)
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Fourier avait-il prévu les ondes gravitationnelles? Si génial soit-il,
n'exagérons pas, ce serait le décrédibiliser. Mais ce qui apparaît
comme certain, c'est la profonde confiance qu'il avait en l'outil
mathématique qu'il avait créé -comme dans les développements ultérieurs
qu'il pourrait recevoir- pour permettre à l'homme d'appréhender ce qui
dépasse sa perception immédiate et les limites étroites d'une vie.
Depuis 200 ans, cette vision du futur s'est montrée pertinente en des
circonstances variées, et 200 ans après, elle brille d'un éclat nouveau
en s'appliquant à l'aide apportée par le traitement numérique du signal
à la prédiction faite par Einstein, à mi-chemin temporel du texte de
Fourier et de cette découverte.
Vous trouverez la passionnante conférence de Meyer en vidéo, ainsi que celles de ses confrères à cette page
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- Abel laureate Yves Meyer, École Normale Supérieure Paris-Saclay:
Detection of gravitational waves and time-frequency wavelets
- Stéphane Mallat, École Normale Supérieure:
A Wavelet Zoom to Analyze a Multiscale World - Professor Ingrid Daubechies, Duke University:
Wavelet bases: roots, surprises and applications - Professor Emmanuel Jean Candès, Stanford University:
Wavelets, sparsity and its consequences
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Les conférenciers, ou les trois mousquetaires des ondelettes:
Stéphane Mallat, Yves Meyer, Ingrid Daubechies, Emmanuel Candès.
(source: lettre d'infos du CMLA, Juin 2017)
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"
Cette brève introduction ne peut rendre justice à toutes les
applications. Nous n'avons pas davantage tenté d'écrire l'histoire
spécifique des ondelettes -mais elle serait essentiellement en Français."
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Cet hommage d'un Américain est un bel écho à cette photo, et dédouanera de tout chauvinisme la légitime fierté d'une French Connection des Ondelettes, animée par ce que l'enseignement français a produit de meilleur: des chercheurs au top international. Précisons qu' Ingrid Daubechies est belge, et qu' Alex Grossmann, naturalisé français, est né à Zagreb, en Croatie.
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Mais préféreriez vous entendre Yves Meyer en Français sur le même thème? Il a donné une
conférence grand public (ce sont ses propres mots) à l'École Normale Supérieure (collection
Savoirs ENS),
le 27/09/2017. L'hommage à Fourier y est tout aussi vibrant, avec pour
débuter la même fantastique citation (mais il est impossible de trouver
plus beau et plus pertnent). L'intérêt des ondelettes et le
travail de Sergueï Klimenko sont bien mis en évidence... un
régal, ne vous en privez pas! Vous ne verrez pas passer les 45
mn de la présentation...
Yves Meyer, en compagnie de Sergueï Klimenko
(source: diaporama de la conférence d'Yves Meyer)